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Sabine Kouli

mercredi 17 novembre 2004, par Séverine Capeille

Quand Sabine commence à chanter, sa voix contamine la lumière, vient décrocher les luminaires. De sa gorge profonde comme la nuit de l’espace, les graves et les aigus éclatent de splendeur, comme un incendie dans le noir. Rappelez vous ces oiseaux qui vous faisaient rêver quand vous les voyiez s’envoler. Votre regard, émerveillé et étonné. Sabine vous enlève, vous élève dans la clarté. Sa voix atteint l’âme où qu’elle soit, pose les noires et les blanches sur le rouge des colombes poignardées. Sabine sait aimer. Elle bat la démesure, casse les silences attristés. Son pied tape le sol, dépoussière les bémols, et sa passion vous ensoleille. C’est comme un trèfle magique trouvé au détour d’une errance, une aventure mystique qui pose un sourire sur vos espérances. Sabine est vraie. Quand elle chante, il est impossible de fixer son attention sur n’importe quel autre objet. L’espace s’étiole, le temps s’affole, l’absolu flirte avec l’abstrait.

Les sites Internet de Sabine Kouli : www.baobabetcie.com et www.absolutegospel.net


Sabine Kouli : une femme, une maman, une chanteuse, une prof de chant… Par quoi commencer ?

Je dirais une maman quand même. Parce que, lorsqu’on a un métier qui passionne, quelques fois on ne fait pas attention, ça déborde un peu sur le temps privé, et il n’est pas toujours évident d’arriver à concilier sa vie de maman, sa vie de femme, sa vie de couple, sa vie de chanteuse… Mais c’est une sorte de gymnastique swinguante. Il faut arriver à surfer sur la vague quand on a toutes ces casquettes là. Il faut être compétente un peu dans tout, et ce n’est pas toujours facile. Donc il y a des périodes où je suis plus chanteuse, d’autres un peu plus maman… Je n’arrive jamais vraiment à tout faire en même temps, mais ce n’est pas grave, j’essaie de déculpabiliser par rapport à ça.

Tu as organisé le Festival "Absolute Gospel" qui a vu le jour en mai dernier, comment t’es venue cette idée ?

Je suis partie du constat qu’il n’y avait pas dans la région de festival de gospel. Il y avait beaucoup de festivals de jazz, de musiques du monde, à l’intérieur desquels il y avait une thématique avec une soirée gospel par exemple. C’était important pour moi que le gospel et le spiritual aient une véritable place et qu’il y ait une programmation à l’intérieur de laquelle il y ait une soirée musique du monde, une soirée jazz. Inverser un petit peu les vapeurs. J’ai envie de porter le gospel comme étant un genre musical qui a autant sa place dans le paysage musical et culturel que le jazz ou la soul… que le reste quoi.

Tu trouvais que c’était un peu vieillot, un peu poussiéreux, la façon dont c’était fait ?

Il y a une vision un peu archaïque du gospel et ce qui m’intéresse c’est de dépoussiérer un peu, parce que sorti de « happy days », les gens ne connaissent pas plus que ça, et que derrière ça, ce n’est pas juste une musique où on tape dans les mains, il y a une véritable histoire, une origine, un ancrage fort et important. Donc au-delà de cette musique hyper fédératrice quand même qui réunit les gens, il y a une racine, un ancrage que j’ai envie de mettre en avant. C’est une musique qui est très riche en fait. Et je suis partie du constat qu’une grande ville comme Lyon ne disposait pas de ça et qu’il y avait un vide à combler.

En fait, c’était un défi…

Oui, c’était un défi, un challenge, vraiment. On arrive avec une grosse motivation et un rêve un peu fou et puis on si dit que bon, il faut y aller, qu’il y a moyen de faire des choses, de motiver les gens autour de ça. On se dit que ça peut marcher donc c’est passer un peu du rêve à la réalisation concrète et ça fait du bien, c’est super. Il y a un moment où on s’arrête et on se dit : « mais en fait si les gens sont là c’est parce que tu l’as souhaité à un moment ». Tu sais, tu l’as fantasmé et puis après ça se réalise. Ca c’est magique. J’aime bien les actes magiques.

Quels ont été les plus grosses difficultés ?

Les seules difficultés étaient financières. Mais finalement, autant faire les choses follement jusqu’au bout, donc j’ai fait un méchant crédit et puis voilà, après c’est réglé ! Tous les gens ont été emballés, il n’y a pas eu de souci là-dessus, je n’ai pas eu de personnes qui ont voulu me casser mon délire.

Tu dis que tu aimes mélanger les genres musicaux, faire rencontrer des personnes qui en d’autres lieux n’auraient jamais pu se rencontrer…

Mélanger les genres musicaux, c’est peut être un peu vaste, mais j’essaye de mélanger les gens, les origines, les horizons… autour d’un projet commun. C’est-à-dire que je ne vais pas aller chercher que des personnes qui sont issues du gospel. J’essaye de chercher des personnes qui ont comme point commun une attirance pour cette musique là. Il y a cette sorte de point qui réunit tout le monde et puis c’est comme un soleil, mais à l’envers, tu vois, et puis tu as les rayons dans tous les sens qui arrivent vers ça. Et puis ça arrive, tu sais que ça va être bien, forcément, puisqu’il y a des énergies qui se concentrent autour de quelque chose mais ce sont des gens qui vont arriver avec leurs histoires différentes, leurs influences musicales différentes, avec leur vécu différent… Et en fait, c’est hyper riche finalement. Quand tu prends des gens qui font tous la même chose, il y a une ambiance un peu réchauffée, alors que là, c’est ouvert vers l’autre, et j’aime bien cette idée là. J’aime mélanger les publics, c’est-à-dire des amateurs éclairés avec des chanteurs professionnels, mélanger des musiciens classiques avec des musiciens traditionnels… Réunir les gens, c’est ça qui me motive, parce que je trouve ça super beau. Moi j’ai toujours cette image là des gens qui marchent dans la rue, qui ne se connaissent pas, et puis à un moment donné, on va faire un truc ensemble. Ils ne se sont pas parlés avant et il va se passer un truc. C’est la magie de la rencontre. Et tu peux la provoquer facilement, cette magie là. Et eux même se surprennent. Je vois ça dans les stages, ils se regardent et ils se disent « ouah, c’est nous qui faisons ça ! ». Faire déclencher des choses qu’ils n’auraient pas pu imaginer. Et puis voir leurs regards, leurs sourires… Ca me rend forte.

Tu as fait un DESS en économie du japon, et tu as décidé de tout arrêter pour te consacrer au chant. Tu placerais cette décision du côté de la « révélation » ou de la lente maturation ?

Je dirai les deux. En fait, je suis allée jusqu’au bout, j’aime bien finir ce que j’entreprends, mais c’est surtout quand j’ai commencé à faire des entretiens, dans des entreprises, où je me suis rendue compte que finalement, ce pour quoi j’avais été formée, allait un peu à l’encontre de mes principes de vie. Où en fait, les postes qui étaient censés être en accord avec ce que j’avais appris, c’était des postes où il fallait uniquement faire de l’argent et où il n’y avait pas de place pour l’humain, et puis ce n’était pas préoccupation première que de faire de l’argent. Et un jour je me suis posée une question, je me suis demandée : « si je peux obtenir tous les avantages que je veux, l’emploi du temps que je veux, le salaire que je veux… Est ce que ça me rendrait heureuse ? » Ca ne me rendait pas heureuse, donc j’ai bifurqué vers ce qui pouvait me nourrir spirituellement chaque jour, et puis j’ai trouvé, et après j’ai essayé d’appliquer les principes d’une carrière professionnelle traditionnelle avec ce qui me faisait vivre. J’ai fait le chant de façon ordonnée, comme si c’était un travail… Il me fallait appliquer les méthodes de la réalité économique, les principes mercatiques à ma profession, puisque de toutes façon un spectacle est d’abord considéré comme un produit. Il faut passer au-delà du « nous ne sommes pas des produits à vendre » parce que dans la réalité, la personne qui va acheter ton spectacle veut que tu ne lui coûtes pas cher et que tu lui ramènes des gens sur lesquels ils puissent faire du profit. Donc une fois que tu as pris cette distance là, tu arrives plus facilement à te positionner, et je ne pense pas que ça enlève ton âme d’artiste.

Tu es l’organisatrice de la soirée « Voix de Femmes » qui a eu lieu le 8 mars dernier à l’Opéra de Lyon. Que réponds tu à ceux qui te cataloguent immédiatement de « féministe » ?

Non, je ne suis pas une féministe, j’aime juste les femmes. « Voix de femmes », pour moi, c’était montrer la femme dans tous ses états, dans ses rondeurs, dans son intimité, dans ses coups de gueule, dans ses colères, dans sa tristesse, dans sa faiblesse… dans tout. On n’est pas des super women et j’ai été assez prudente d’ailleurs au niveau des partenaires puisqu’il y a quand même plein d’associations féministes, et c’est un combat qui n’est pas le mien, donc j’ai vraiment voulu axer cette soirée là sur la femme, la femme à travers le chant.

Tu parles de combat. Ce serait quoi alors ton combat ? Il est au-delà de la femme ?

Au-delà de la femme oui. S’il y a un combat, ce serait pour l’Homme, avec un grand H, l’être humain, ce serait qu’il y ait du lien, de l’amour… Bon, là en l’occurrence c’était pour la journée de la femme, ça ne veut pas dire que les autres jours il ne se passe rien, mais c’était un moyen de marquer le coup, de réunir plein de femmes autour d’un projet encore une fois, autour de la voix, et donc partager nos répertoires. Les chants d’un chœur amenaient celui d’un autre, et on faisait aussi des chants en commun, c’était vraiment le mélange des répertoires, des voix, et des chanteuses qui venaient d’horizons différents. Il y avait trois chœurs différents. C’était une belle soirée, très forte, et d’ailleurs le personnel de l’opéra était vraiment séduit. J’étais d’ailleurs assez surprise par leur réaction puisqu’ils sont habitués aux grosses productions.

Raconte nous cette aventure à l’Opéra.

Je trouvais que l’amphithéâtre était un beau lieu et je suis allée voir François Postaire pour lui demander. Et puis il m’a fait confiance en fait. Je lui ai dit que je voyais quelque chose avec des femmes, avec des répertoires croisés… Il a dit oui, et ça a vraiment bien fonctionné. Humainement il s’est passé un truc. Les femmes étaient tellement contentes d’être là qu’il y a une magie qui a eu lieu, tout leur amour est sorti ce soir là. Il y avait une totale osmose entre les chœurs. Quand les personnes de l’opéra sont venues me voir à la fin pour me dire qu’ils avaient trouvé ça beau, au début je me suis dit que ce n’était peut être que de la politesse, mais en fait c’était vrai.

Des personnes se sont revues après le spectacle ? Des amitiés se sont créées ?

Oui, il y a eu des échanges. Géographiquement, un des chœurs est au Havre donc ça limite un peu, mais il s’est passé quelque chose de tellement fort que ça a rapproché les gens, même au sein de leur propre chœur. Une belle expérience vocale quoi.

C’était ta plus belle expérience de scène ?

Non, je ne dirais pas ça. En général, je n’ai pas d’expérience qui est « la plus ». C’est toujours différent. Ce sont des degrés différents, des intensités différentes… Je n’ai pas de musique préférée, ni même « un » meilleur ami, parce que mon univers, que ce soit pour les amis ou la musique, c’est comme plein de couleurs différentes qui se complètent. Je n’ai pas de préférence, c’est un tout. Comme des constellations.

Comment sera la prochaine édition du 8 mars 2005 ?

Elle va être en deux parties. Il va y avoir une création de 45 minutes, avec des chanteuses, des musiciennes, peut être une danseuse, une conteuse… La femme artiste, sous différentes facettes. Et en deuxième partie, j’ai invité une artiste algérienne qui s’appelle Houria Aïchi qui fait du chant sacré algérien, elle nous vient des montagnes de l’aures, où elle a fait une sorte de collectage de chants traditionnels sacrés, qu’elle a interprété, réadapté et qu’elle joue avec des musiciens, et en fait, tout au long de sa carrière, elle a été pas mal confrontée au machisme des hommes puisqu’elle fait du chant soufi, et le chant soufi est uniquement chanté par des hommes. On lui disait « de quel droit tu chantes du chant soufi ? » et à mes yeux son parcours est assez emblématique, beau et fort, donc j’ai eu envie de l’inviter. La deuxième partie de la soirée sera un peu aux couleurs orientales.

Quel sera le tarif de la soirée ?

Pour le 8 mars, 8 euros ! C’est pour permettre au plus grand nombre de venir. On a travaillé en fait avec des centres d’hébergement de femmes, parce qu’on avait envie, pour cette soirée là, que des femmes viennent au spectacle, toucher un public de femmes qui ne sort pas habituellement, de façon à ce que ça les arrache un peu à leur quotidien. Ce sont des femmes qui ont des difficultés, qui ont des parcours difficiles, chaotiques, et puis on s’est dit que ce serait bien que ces lieux un peu « réservés » soient accessibles à tous. La direction de l’opéra a d’ailleurs une réelle volonté par rapport à ça, elle est très active, avec une programmation très variée, des apéros concert à midi qui sont à 5, 6, 7 ou 8 euros… donc tu peux voir des choses de très belle qualité pour pas cher. Et puis je trouvais que c’était bien : j’arrive moi, avec ma gueule de black, et je dis « tiens, je voudrais chanter ici » et pis le mec il me dit « oui » : super ! Et tout s’est enchaîné comme ça. Tu arrives avec une sorte de candeur, tu dis « ah, j’aime ici, je veux ! » et on te donne ! Je trouvais ça vraiment bien qu’il ait pris le risque. Je pense que quand tu fais les choses avec coeur et que tu as la foi, quand ce que tu fais te parait évident, il n’y a pas de raison que ça foire puisque tu es dans le vrai, pas que tu détiens la vérité, mais en rapport avec ce que tu peux éprouver, ce que tu es, sans tricher.

Tu es née en France, mais ton origine togolaise est très importante pour toi. Quels sont tes rêves pour la belle « Africa » ?

Mes rêves, ce serait qu’un jour la belle Afrique se réveille. Pour moi l’Afrique, c’est comme un mendiant sur une mine d’or, ou une mine de diamant, comme tu veux. C’est que la belle dame se réveille et qu’elle se prenne en charge, qu’elle reprenne confiance en elle, que pour elle, le travail ne rime pas avec esclavage, que l’aide internationale ne soit pas une perfusion à vie… Mais je crois que le plus important c’est la confiance. Qu’elle ne se sente pas dévalorisée par rapport au reste du monde. Je voudrais vraiment qu’elle se réveille.

Qu’est ce qui pourrait la réveiller ?

La tâche est titanesque pour qu’elle se réveille. Il faudrait qu’à un moment elle n’accepte plus sa condition, qu’elle se dise qu’il faut arrêter de regarder les trains passer. Tant que l’Afrique sera considérée comme une pompe de richesse par les pays occidentaux, il y a peu de chance pour qu’elle s’en sorte vraiment, puisque l’intérêt de ces pays occidentaux est justement de garder l’Afrique dans l’état dans lequel elle est pour pouvoir en profiter. Les personnes qui se réveillent, on se débrouille pour les faire disparaître à jamais, donc c’est très difficile.

Tu es terriblement active. Tu pars dans 2 jours au Togo pour organiser une ONG. Tu peux nous expliquer ?

Je pars faire de la prévention contre le paludisme. Je suis partie du constat que le palu était la deuxième cause de mortalité dans le monde, après le sida. On n’en parle pas trop puisque ça touche les pays asiatiques ou africains, des pays donc qui sont plus pauvres que les autres. Actuellement, l’industrie pharmaceutique ne s’est pas vraiment positionnée par rapport au palu puisque c’est une maladie pas très rentable en fait. Les traitements qui peuvent être disponibles ne sont accessibles qu’à des personnes qui ont des moyens et la seule prévention possible est actuellement de ne pas se faire piquer, donc les moustiquaires. C’est pour ça que je vais faire un état des lieux sur place, de la prévention, et voir les actions d’autres ONG qui seraient peut être déjà sur un travail sur le palu… De toutes façons, vu l’ampleur de la catastrophe, il y a beaucoup à faire. La moustiquaire, c’est un moyen assez écologique, il n’y a pas de médicament à prendre, c’est une bonne protection. J’aimerais un jour que ce soit accessible à un plus grand nombre, que ce soit comme un rideau que tu achètes. Au même titre que tu te protèges de la lumière, là tu te protèges du palu. Donc je vais faire un état des lieux et ensuite je vais me mettre en lien avec les institutions sur place, et une fois rentrée à Lyon je vais faire un business plan, je vais monter un dossier, et puis présenter le projet auprès de grosses institutions comme le PNUD (programme des nations unies pour le développement), il y a des crédits qui sont alloués pour des causes…. Je n’appellerais pas ça « humanitaire », parce que pour moi ça ne doit pas être encore une sorte de perfusion, une sorte de transfert d’un pays occidental vers un pays d’Afrique, pour moi c’est que sur place, ils se rendent compte eux même que c’est débile de mourir du palu (comme c’est débile de mourir du sida) et qu’avec une prévention assez simple finalement, on peut l’éviter, et que cette initiative prenne racine dans le pays même. Tant que ce sera une initiative qui sera apportée, qui viendra de l’extérieur, ça ne prendra pas. Il faut vraiment que ce soit pris dans le terreau africain, et l’idée c’est de mettre en place des sortes de micro crédit qui peuvent permettre à un groupe donné de personnes de travailler de façon locale, sur ces petites productions là, qu’ils génèrent un chiffre d’affaire suffisant pour qu’ils puissent en vivre, faire vivre leur famille, que ça crée une sorte d’énergie positive, c’est-à-dire « mon voisin à fait ça, donc je peux aussi le faire », que ça génère une micro activité. Il s’agit d’utiliser un peu le système qui a déjà fait ses preuves dans l’agriculture : les femmes (ce sont elles qui travaillent) vont développer une petite parcelle de terre et elles vont faire pousser des choses dessus, donc on va leur prêter un peu d’argent, pour les aider à lancer leur activité, le temps de semer, récolter et de vendre pour générer de l’argent qui leur permettra de vivre et de continuer. C’est le même principe. L’idée pour la moustiquaire, ce n’est pas d’en vivre, mais pouvoir produire, je ne sais pas par quel moyen, de façon à avoir un produit fini qui soit accessible à tous. Donc moi je vais voir comment les gens se sentent touchés par le problème, s’ils sont fatalistes, ou s’ils sont prêts à mettre 3,4, 5… euros. Si sur place ils estiment que ce n’et pas très important, tu as beau avoir des idées lumineuses, remuer le PNUD, les nations unies etc., il ne se passera rien. Alors que si vraiment ils le ressentent comme un besoin et que c’est évident, encore une fois, là ça peut prendre. Et puis parallèlement j’aimerais qu’il y ait une véritable réflexion par rapport à « l’aide » internationale. Que l’aide ne soit pas au compte goutte, parce que l’Afrique est un pays perfusé. Son grand drame, c’est de consommer des produits qu’elle ne produit pas, et de produire des produits qu’elle ne consomme pas. Dans ce système là, elle ne peut pas s’en sortir. Ca revient à ce que nous disions tout à l’heure.

Tu parles couramment anglais, ok. Mais aussi japonais, ce qui est beaucoup plus intriguant. Tu peux nous citer un proverbe en japonais s’il te plait ?

- fugen jikkô (parler peu, mais agir) Plus d’actes et moins de paroles. J’aime bien ce proverbe qui me convient... je n’aime pas me perdre en palabre pour agir !

- koketsu ni irazunba koji o ezu (si l’on n’entre pas dans la tanière du tigre, on ne peut atteindre ses petits) Qui ne risque rien n’a rien. Ça c’est bien vrai ! Je teste au quotidien !

- mateba kairo no hiyori ari (qui attend aura beau temps en mer) Tout vient à point à qui sait attendre.

Voila ma petite trilogie de paroles sages qui se complètent bien et qui correspondent à mon état d’esprit !

Te rends tu comptes de la joie que tu nous procures quand tu chantes a capella ?

Moi je retournerai la question en disant : vous ne vous rendez pas compte de la joie que me procure le fait de chanter, tout simplement.

C’est quoi le bonheur pour toi ?

C’est d’être bien, en accord avec soi même. Tu te lèves le matin, et tu te sens vivre. Le bonheur c’est de se sentir vivant.

Il y a quoi en ce moment dans ton lecteur CD ?

Là je suis un peu psycho rigide en ce moment ! J’écoute du gospel ! A cause de ce projet, j’entends un truc, je me dis « ça, ça va sonner comme ça », je m’en imprègne. Ce n’est pas très original mais il n’y a pas une minute, depuis que je sais que je repars sur la deuxième édition, où je ne pense pas au festival, aux choses que je peux apprendre. J’écoute des musiques et je me dis que c’est du bonheur en boite, que plus tu vas faire partager aux gens et plus ça va être génial.

On voit que tu aimes enseigner le chant, que tu aimes la transmission.

Je n’ai pas de formation de prof. J’ai fait le processus à l’envers. On est venu me chercher en fait. On m’a dit « tu sais chanter : apprends nous ». Ce n’est pas évident. Et en fait, il a fallu que ces choses que je fais de manière innée, j’arrive à mettre un processus d’apprentissage dessus, mettre des mots sur des sensations. Bon après, évidemment, il y a des techniques que tu apprends, mais j’ai fait le parcours inverse. Il a fallu que je décode, que je me mette à la place de quelqu’un qui ne sait pas chanter, et du coup ça permet de débloquer les choses.

Si je te dis « Star Académie » tu me réponds quoi ?

Ce genre d’émission fait du tort pour moi à la profession. Il en ressort que le côté paillettes, et ils exploitent vraiment un côté « proche », c’est-à-dire que les personnes qui sont là sont des personnes qui sont comme nous finalement, qui ne savent à priori pas chanter, pas danser… et au bout de quelques mois, ils savent tout faire. En fait, il y a un amalgame entre artiste et star, vedette. Les minettes de maintenant ne disent plus qu’elle veulent devenir chanteuses, mais stars. Finalement, le talent n’est pas vraiment pris en compte. Ce qui me chagrine un peu, c’est que des chanteurs assez connus se prêtent à ce jeu là, qui pour moi n’est pas sain. Il y a toujours eu des radios crochet, mais il n’y avait pas cette machine financière derrière tout ça, une machine monstrueuse qui génère un chiffre d’affaire énorme et il n’y a pratiquement plus de maisons de disques qui font un travail de découverte et de développement, puisqu’ils vont se retrouver avec un produit que ne coûte rien en investissement puisqu’ils ont tous les outils de communication, télé, magazines, radios… donc c’est un produit qui ne coûte rien mais il y a un retour sur investissement qui est multiplié par dix ou par cent. Ils ont trouvé un filon, c’est évident, mais ça me chagrine à deux niveaux. D’abord pour les personnes qui sortent de ça, qui sont jeunes, subissent une désillusion très forte… qui croient que si tu n’es pas devant une caméra, tu n’es rien. Et puis cette sorte d’invisibilité si tu n’es pas sur le devant de la scène. J’ai une anecdote très révélatrice : j’ai entendu une petite fille qui disait « si je suis nulle à l’école je ferai chanteuse »… Et en fait quand tu regardes les écoles de chant qu’il y a sur Paris, elles sont pleines. C’est pour paraître, il n’y a pas d’âme.

Par quoi as-tu envie de terminer ?

Je pense que beaucoup de personnes ne se rendent pas compte de la richesse de la vie justement. Si elles en prenaient plus conscience, elles vivraient plus les instants, se sentiraient plus vivantes. C’est le plus important, se sentir vivant, quelles que soient les choses que tu veux faire, tes objectifs… Ce n’est pas un idéal, mais une évidence. Faire les choses qui te parlent. Les gens ne s’écoutent pas. Tu sais, la petite voix qui te dit « mais en fait, pourquoi tu ne le fais pas ? » Il faut écouter sa petite voix. Le monde fait qu’on ne s’écoute pas. On est assourdi par un brouhaha qui nous coupe de nous même, qui fait qu’on ne s’écoute pas, qu’on ne veut pas s’écouter, en faisant la sourde oreille. Et puis un matin tu te réveilles et puis tu te dis « j’aurai voulu ». Moi je ne veux pas être dans le « j’aurais voulu » mais le « j’ai essayé ». Je ne veux pas vivre dans le regret. Pour moi, l’homme est en création perpétuelle. Si tu ne crées pas, tu ne vis plus. Si tu ne réalises pas ton chemin, tu te retournes un matin et tu te dis « mais qu’est ce que j’ai fait de ma vie ? ». Chaque vie est un processus en création, et tu ne peux pas aller à l’encontre de ça. Si tu vas à l’encontre de ça, c’est que tu te mens à toi-même. Il faut s’écouter.

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2 Messages de forum

  • > Sabine Kouli

    25 mai 2005 13:47
    Sabine,je ne te connais pas vraiment mais tu sais communiquer ta passion . vous avez vous , les chanteurs de gospel ce petit quelque chose de plus que les autres n’ont pas .... vous êtes authentiques et pleins de cette sérenité qui nous fait cruellement défaut ; pourtant, le chant gospel né de la misère, est lumineux et générateur de joie et d’espérence. merci Sabine pour ce festival de bonheur.

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  • > Sabine Kouli

    22 octobre 2006 17:15, par Henry Quinson
    Sabine Kouli est une personne authentique et gracieuse, une artiste talentueuse et exigeante. Sa voix exprime la Voie. Dieu soit béni !

    Voir en ligne : Sabine Kouli : sa voix exprime la Voie.

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