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CQFD

mardi 21 décembre 2004, par Séverine Capeille


Comme un enfant qui s’endort devant la télé, devant la passacaille funèbre des images ensanglantées, qui rêve pour de vrai, qui rêve à poings fermés. Remonter la couverture. S’éloigner des tissus de mensonges pour allonger la chaleur sur l’horizon figé, calculé scientifiquement dans des labos aseptisés, pleins d’éprouvettes clonées. Etendre l’épaisseur des secrets, des inquiétudes sourdes, entre les paupières voilées. Les protozoaires se mettent à tourner. Silence, solitude, simplicité. Des cellules, uniques et animales, viennent écraser les certitudes. Il fait noir.

Qui a éteint la lumière ? Comme un enfant qui s’endort sans le savoir, l’Humanité a froid. Dans son exil des espaces sans saveurs, elle cherche la couverture, voudrait la tirer sur les faims, les fatigues et les blessures. Elle voudrait des amibes sous les paupières, des danses rêveuses sur ses prières, effacer les poussières dans l’azur... Elle voudrait prendre le Temps. Ramasser les coucous dans les chemins odorants. Mais le jaquemart sonne les heures du cauchemar, le marteau cogne à travers les écrans. Les aiguilles se mettent à tourner. On entend Tic ; Tac ; Boum. Puis on entend pleurer. Il neige dans les mondes retournés.

Fin de course enchantée. Le livre de contes est tombé. Ses pages cornées le rendent incompréhensible et émouvant. Comme la lune qui prête sa plume à un enfant. Remonter la couverture. Il y a des lettres d’or sur la reliure. Des flammes, des feux follets de phrases, des bribes… des braises pour briser la rectitude de pensée. Pour que l’Humanité ouvre ses paupières diminuées. Les protozoaires se mettent à tourner.

Des discours se chevauchent, font des détours, des hiatus, des patchworks étoffés dont les échos s’harmonisent dans la fièvre étoilée. Les protistes animaux dansent entre les cils et les silences. Les auteurs lèvent le voile. Ils déplient les sommeils, les signes singuliers, les rêves sacrés… Silence, solitude, simplicité. Entre leurs entrechats, on voit les destins croisés, les lignes tracées, les allers et retours passionnés… Sur les planchers étriqués, ils déroulent les couleurs, les pelotes de l’amour. Il fait jour.

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