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Le bip sonore

mercredi 15 janvier 2014, par Séverine Capeille

« Bonjour, vous êtes bien sur la messagerie d’Émilie. Je suis indisponible mais vous pouvez me laisser un message après le Bip sonore, merci et à bientôt. »

Ouech’Emi’ ! Je viens aux news, la forme sista ? Alors moi, j’ai passé une nuit… que j’en ai encore mal au crâne pendant que j’te parle. D’ailleurs, je n’ai pas assez dormi. Un bordel dans la baraque, j’te raconte pas, entre mon frère qui gueule, ma mère qui fait claquer les portes, ma sœur qui s’est mis en tête de devenir chanteuse, pas moyen de roupiller. T’imagines ? Faïza, chanteuse ? Non mais… laisse tomber ! Je pourrais en rire si je n’étais pas blasé. T’entends ? En ce moment, elle répète « I will survive ». T’entends ?
Il lève son téléphone en l’air.
C’est moi qui n’y survivrai pas. J’te le dis Emi’, veulent ma mort dans c’te famille. Attends, deux secondes…
Il se tourne pour faire face à la tête de son petit frère passée dans l’entrebâillement de la porte de sa chambre, et qui demande la permission de lui emprunter un manteau.
Mon manteau en laine ? Jamais ! T’as oublié dans quel état tu m’as ramené mon costard la dernière fois ou quoi ? Pis tu vois pas que j’suis au téléphone, là ?
Ouais, donc, j’te disais qu’ils veulent ma mort. Mais peu importe. Y a plus grave. Émilie, il faut que je te dise…
BIIIPPPPPPPP…
‘tainnnnnnnnnnnnnnnnnn….
Il peste plusieurs fois, et rappelle.

« Bonjour, vous êtes bien sur la messagerie d’Émilie. Je suis indisponible mais vous pouvez me laisser un message après le Bip sonore, merci et à bientôt. »


Bon, je vais faire court. Il y a urgence, faut qu’on se voie parce que...
Deux têtes apparaissent cette fois dans l’entrebâillement de la porte, l’une au-dessus de l’autre : celle de de sa grande sœur comme posée sur le crâne de son petit frère, lequel fait déjà 1.75m et est plié en deux.
Quoi encore ? Vous n’allez pas me lâcher un peu ce matin ?!... Si ! C’est le matin ! C’est toujours le matin quand je me lève ! Et c’est quand même MON manteau, alors je le prête SI JE VEUX, et pas la peine de me ramener toute la smala, c’est non, je ne le prêterai pas. Mon manteau en laine en plus ? Ça va pas ou quoi ? Déguerpissez ! Hors de ma vue ou je vais m’énerver ! Tss Tss Tss… Chuuuut ! J’veux rien savoir ! Rencard ou pas, c’est non, non et non ! Oust ! Filez ! Et dites à Faïza de la fermer !
Allô Émilie, t’es encore là ? Tss, j’ai cru que ton fichu répondeur allait encore me censurer. Bon, c’est un peu compliqué. Je te rappelle quand je sors de chez moi ; je serai plus tranquille parce que là… Là, tu vois, je ne peux rien dire, vu que les MURS ONT DES OREILLES !
Il crie à l’attention de ceux qui - il le sait, il les connait par cœur, il pourrait dessiner leurs silhouettes, voûtées et silencieuses, collées contre le bois - sont restés postés derrière la porte.
Je te rappelle sista, d’ici une heure ou deux, le temps de me préparer et de manger un bout. Bisous ma belle, prends soin de toi et hasta la vistaaaaaaaaa !

Clic.

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