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Carnets d’Asie

vendredi 15 juin 2012, par Mireille Disdero


1. Bangkok

Après une nuit dans l’avion avec l’impression de rattraper le soir puis de le laisser se dissoudre dans un expresso au-dessus des Balkans, on atterrit au Suvarnabhumi Airport de Bangkok. Il est tôt le matin. On vient de survoler Delhi puis la Birmanie... Vues du ciel, les brumes s’exhumant des vallons dessinent les contours fantômes de voyages futurs. L’Asie. C’est la première fois. J’en rêvais, ados. J’en ai rêvé plus tard, en côtoyant Madame Park et la Corée du Sud qui, d’un point de vue géographique, est pourtant assez éloignée de la Thaïlande. Déjà à cette époque, Madame Park et moi avons pratiqué le Body language pour nous comprendre car elle ne parlait ni l’Anglais ni le Français ; quant à moi, je ne savais même pas dire bonjour en coréen. Pourtant nous avons « discuté » souvent, elle et moi en promenant les bébés. Nous avons échangé tant et tant que des graines ont germé pour longtemps ou peut-être pour toute une vie… et voilà l’Asie.

J’atterris dans la chaleur, dès 7 heures. Descente. Course à l’arrivée, papiers à remplir pour l’immigration. Police des frontières. Fatigue. Flash ! Une photo avant de retrouver mes bagages. Où ? Personne ne parle Anglais ? Ah… Mais ils sont là, bien tranquilles, presque abandonnés. A la sortie, en avançant vers les taxis aux couleurs de bonbons, je suis saisie par l’air chaud qui emplit d’un seul coup toutes mes pensées. C’est booonnn. Cette touffeur me manquait, en France il pleuvait trop. Alors que je voulais transpirer, je ne faisais que patauger dans les flaques en râlant mais en bouclant mes valises, quand même.
Le taxi roule tranquillement sur une grande artère, Rama 4, je crois. La circulation est encore fluide et dans ce grand mouvement de l’existence, j’ai perdu une parcelle de temps car il me semble qu’il est 16 ou 17 heures… alors que le soleil est à peine levé. Décalée, perturbée ou alors, la lumière forte déjà me joue des tours…
Cette fois elle est proche, immense, haute. Je me prépare à cette rencontre. Je sais déjà que je vais me sentir débutante et empruntée, face à elle. Bon, je me lance. Sukhumvit 63. Ekamaï… Bangkok. 22 mai 2012

2. Hanoï

Dimanche 10 juin, aéroport de Hanoï (Viêt-Nam), le soir.

Après quelques jours à Hanoï, je rentre en Thaïlande. Le vol pour Bangkok a un peu de retard. J’ai acheté des chocolats mais ils ne sont pas pour moi. Un cadeau. J’attends en lisant le dernier Levison avec sa couverture jaune et, dans les lignes, un destin sombre comme je les aime. A côté, des bonzes au crâne lisse et mat portent les couleurs éblouissantes de Bouddha. Assis tranquillement, ils attendent leur avion comme tout le monde, en bavardant. Le contraste me saisit et me bouleverse quand je commence à observer celui qui est à côté de moi : Adidas aux pieds, chaussettes Nike, montre de plongée mais aussi… un regard moderne et scrutateur qui se préoccupe plus de ce qui se passe autour de lui que de méditation. Là tout à coup je me dis que j’ai beaucoup à apprendre du bouddhisme. Avec ma cervelle d’occidentale, pendant tout ce temps je n’y ai rien compris car ces bonzes nouvelle génération me surprennent plus que les deux filles qui s’épouillent dans la rue, assises sur de petits tabourets en plastique bleu. Ils me surprennent plus encore que les gens qui viennent de partout sur le trottoir pour regarder ensemble la télé, dans ce petit restaurant où on déjeune sous le ventilateur poussif et bruyant. Quand le petit écran est remplacé par la radio qui diffuse une musique d’Asie si douce qu’on la dirait créée pour Bouddha, j’en reviens à mes bonzes de l’aéroport. Y penser me fait du bien. Alors, je griffonne sur un petit carnet les quelques mots que vous lisez maintenant.

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