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Les fesses se confessent.

vendredi 3 octobre 2003, par Séverine Capeille

Autant le dire tout de suite, nous avons rarement l’occasion de nous exprimer. Pourtant, que d’anecdotes pourrions-nous rapporter, témoins que nous sommes de tout ce que vous, ne voyez pas de votre côté. Vous n’avez pas idée.

La main par exemple. Cette main qui traverse les siècles sur les fessiers bombés, nous, on la voit arriver. Les doigts écartés, la paume creusée, prête à épouser la forme dans un geste rapide et précis. On peut vous décrire le mouvement, semblable à celui d’un service au tennis, bras tendu, demi-cercle arrière pour prendre de l’élan, et… balle perdue. On se demande quand même bien pourquoi les hommes ont cette manie héréditaire. Toutes les classes sociales sont touchées. Nous l’avons constaté. Main d’ouvrier, main gantée, main fripée, main baguée… Ni l’âge ni le statut n’importent. Seul l’endroit diffère. Plus nous nous affaissons dans le temps, et plus le lieu du crime devient intime.

A 20 ans, nous sommes gaies, blotties dans des tissus serrés, nous affirmons notre jeunesse et le coup bas se porte en pleine rue, par surprise, dans l’agitation, accompagné parfois d’un petit sifflement. Vous savez ? Les trois petites notes ? Tout est là. Ecourté comme un signal de bipeur. On vous avertit musicalement du danger, de la main qui risque de se poser… Trop tard. La cymbale retentit. Il y a percussion. Nous sortons de notre torpeur, brusquées, endolories, vexées. Quand on est jeune bien sûr, parce que plus tard… avec le temps… quand l’étau se resserre sur nos amas de cellulite, là… Eh bien on voit arriver la main avec un petit sourire complice, amusé, flatté.

On est dans la cuisine, en pleine vaisselle, ballottées par les coups d’éponge sur une casserole graisseuse, et on accueille la petite tape comme une agréable surprise, un encouragement dans le quotidien, un flash-back sur l’époque des tissus serrés. On se sent bien. Regonflées à bloc. On fait fesse (nous ne pouvons pas faire face, vous vous en doutez) au regard pétillant de la partie adverse qui lui, n’a pas changé.

Les époques passent mais l’enthousiasme masculin demeure. On ne sait pas trop pourquoi, mais c’est comme ça. La « main au cul », phénomène universel et intemporel, se distingue moins par sa motivation (encore inconnue à ce jour) que par la façon dont elle est attribuée. C’est à ce tournant de main là que l’on note des différences. Bien sûr, avant tout, il faut du doigté. La grosse paluche qui s’abat sans prévenir dans un mouvement titubant n’a rien d’excitant. La « main-pince » du crabe en mal d’exotisme s’accroche à nos dunes et provoque une irritation qui tue dans l’œuf toute possibilité d’un horizon commun. Le toucher fessial est un art. Il faut bien placer la main. Pas trop en haut. Pas trop en bas. Il faut trouver le point. Nous détectons immédiatement le novice, le distrait, le timide car, inutile de le préciser, il est vain de nous faire prendre des vessies pour des lanternes.

Les fesses aiment la finesse. Autant l’affirmer bien fort pendant qu’on nous donne la parole. On en a ras la raie de se faire malmener. Nous sommes rondes et c’est nous, et nous seules qui faisons tourner le monde. Il faudrait quand même rendre au popotin ce qui lui appartient. Certes, quelques experts es fesses le confessent, mais ils préfèrent parler avec les mains. La patrie, l’honneur, la liberté… méritent de longs discours, mais nous, on a beau serrer les fesses et attendre un éloge attendri pour tous les services rendus, rien, queudal, nada. Nos états d’âme ? Ils s’assoient dessus.

Alors nous le disons avec toute la volupté et la fermeté qui nous caractérisent : s’il faut supporter d’horripilants taquets, qu’on nous fiche le pet ! Il est bien évident qu’un peu de gentillesse ne coûte pas la peau des fesses alors prenez-en de la graisse !

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