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Le pagne léger

Roman de Aïssatou Diamanka-Besland

vendredi 6 avril 2007, par Séverine Capeille

Le pagne léger. Un titre, comme une invitation à un voyage aérien entre le Sénégal et la France, comme l’appel d’un exotisme éthéré, d’une excentricité volage, comme une incitation aux vacances. Mais ce roman évoque en fait tout ce qui peut alourdir l’existence. Les traditions et leurs incohérences. La trahison. La déception. L’attente. Le doute. La honte. La peur. L’honneur. L’absence…

L’absence de Babacar, amour de Soukeyna, étudiante en droit, « troisième d’une famille de six personnes », fille d’un « homme de foi ». Ils se sont rencontrés à Dakar, ils ont écoutés le clapotis des vagues « à l’heure du crépuscule au bord de la plage de l’île Ngor », ils se sont jurés fidélité. Il l’appelait « déesse » ou « muse », ou « Néfertiti ». Elle pensait qu’il était l’homme de sa vie. Il avait tellement promis…

Les promesses ont soulevé le pagne. Soukeyna a offert sa virginité, bravant le pardon impossible de la mère, de la famille, et du quartier. Elle a défié les règles sociales, les traditions, les dangers. Elle a aimé Babacar de tout son corps, en dépit de son clitoris mutilé. Elle a cherché le plaisir malgré l’excision qu’on lui avait imposé : « Nous étions ainsi coupées, coupées de la société et du monde. De la société car nous n’avions pas les mêmes sensations que les Hommes et du monde, car nous ne sommes point pareilles à nos ’ alter sœurs’ de la planète. » Soukeyna s’est donnée. Mais Babacar est parti…

La France l’attendait. Paris. Il a réussit ses études à l’Université de la Sorbonne, il s’est crée une nouvelle vie. Au début, bien sûr, il a écrit. Puis il a rencontré Hélène, et il n’en a rien dit. Soukeyna a attendu pendant cinq ans. Elle s’est accrochée aux lettres, de plus en plus rares. Le pagne léger évoque la force des espoirs. Le paysage est fait de désirs et de convictions, de doutes et de croyances, et surtout, de silences…

Le silence des déchirures et de la « rage au ventre », de ce ventre que l’on cache « pour ne pas subir les commérages et les humiliations du quartier ». Le silence de ces femmes qui partent loin de Dakar, à Thiès ou en Gambie, pour accoucher. Le silence d’un enfant qui meure étouffé. Le silence de Soukeyna, la « révoltée cachée ».

Le pagne léger. Et on s’asphyxie au rythme des devoirs des femmes et des droits ignorés. On suffoque face aux aberrations et aux absurdités. On voudrait parfois hurler, comme quand il s’agit de la petite sœur violée : « elle n’avait que cinq ans et mon crétin de cousin en avait vingt-trois ». Le soleil tape sur Dakar, et on a froid. On se brise sous les coups des pères polygames et violents. On découvre les regards rivés sur un drap tacheté de sang. On voit partir Oulimata puis Soukeyna…

Le pagne léger est une fuite. Une échappée au cœur de femmes déroutées. Une envolée à bord de grands avions en acier. Une traversée au dessus des continents ; une quête de liberté. Et c’est un immense élan vers une terre endeuillée, « meurtrie par de sordides guerres, alimentées par la bêtise humaine, le pouvoir et les guerres ethniques ». C’est une histoire d’amour pour un homme, mais aussi une histoire d’amour pour l’Afrique.

***

Aïssatou Diamanka-Besland est arrivée en France en juin 1999,après un BTS de journalisme à l’Institut Supérieur de l’Information et de la Communication de Dakar. Elle prépare actuellement une thèse de Sciences Politiques à l’Université de Nanterre sur le thème de l’immigration.

Couverture de Isabelle Clement

Editions Henry, Collection les Ecrits du Nord

Prix : 12.00 € TTC
Référence : ISBN 978-2-901245-63-6

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