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DJ Cut Killer : la force ET la douceur

lundi 6 avril 2009, par Séverine Capeille

A la fin de son interview, China évoque spontanément le DJ officiel des soirées itinérantes SHAKE TON BOOTY rediffusées par MTV. Elle dit : « Alors ? Ca s’est bien passé tout à l’heure ? Je plaisantais bien sur quand je suis entrée en disant qu’il ne fallait pas croire tout ce qu’il vous disait ! Cut Killer, c’est celui qui soulève n’importe quel public. Il est incroyable. Il s’adapte à l’ambiance d’une façon absolument unique. Il a cette force. » La sincérité de sa profonde admiration pour celui qu’il est désormais inutile de présenter est évidente. Tous les journalistes présents dans la pièce opinent de la tête. Oui, Cut killer, c’est celui qui « tue au cut » et nous fait découvrir de nouveaux talents, celui qu’on surnomme « le plus grand dealer de K7 mixées » et qui travaille avec les icones du Hip Hop national et international, celui qui a un sens profond de la fête et qui ne cesse de vouloir montrer que l’unité peut exister, celui qui se définit par la constance, la ténacité et la maturité.

Il a trente sept ans, nous précise le DJ avant de commencer l’interview. « Il n’est plus tout jeune » me dis-je tout en réalisant l’incongruité de cette pensée : avec deux ans de moins, moi non plus ! Il a de très nombreux projets : producteur et compositeur d’un film de Djamel Bensalah qui s’appellera « Neuilly sa mère » ; une compilation « Shake ton Booty » ; une mixtape qui mélangera le hip hop, le rock et la pop (il explique que les trentenaires comme nous ont une très grande culture musicale et qu’ils apprécient ce style) ; un scénario en cours avec Mathieu Kassovitz, une autre compilation qui sortira chez Wagram… Loin de donner une impression d’éparpillement, toutes ses activités font preuve d’un parcours cohérent et réfléchi. Il déploie, tels les jingles de ses émissions de radio, de véritables « machines de guerre » pour promouvoir la culture urbaine. Physiquement grand et imposant, il dégage une force particulière. Une force pleine d’une douceur que j’étais loin d’imaginer.

Ce qui étonne en premier lieu, c’est le calme avec lequel Cut Killer s’exprime, sa voix claire et posée. Pour percevoir la douceur de ce DJ reconnu et réputé, il faut le rencontrer. Observer son attitude, son humilité, sa personnalité. Il fait partie de ceux qui se projettent dans l’avenir sans rien oublier du passé ; de ceux qui défendent des idées sans aucune animosité. Et si son parcours artistique impose le respect du public, son charisme et sa sérénité impressionnent tout autant en privé. Cut Killer fait partie de ceux qu’on prend plaisir à interroger, et pour qui le temps de l’interview parait toujours trop court.

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Dis-nous Cut Killer, il y a des milliers d’oreilles dressées sur tes samples, tes mixtapes, tes émissions, bref tous tes faits et gestes. Comment vis-tu la pression que cela engendre ? Est-ce que ça te donne envie d’aller toujours plus loin et de te surpasser ?

Les premières véritables pressions, je les ai connues lors des championnats des MC. A l’époque, c’était vraiment terrible ! Et puis quand j’étais avec MC Solaar, il y a eu une scène avec 10 000 personnes. C’était impressionnant. Une autre également, pour les European Music Award, avec P. Daddy. Avant la soirée, P. Daddy est venu vers moi et m’a dit : « tu sais, ce soir, un milliard de personnes va regarder le show » : là, j’ai fait « wahou ! », j’ai carrément senti la pression ! Finalement, la pression est là tout le temps. Il faut beaucoup travailler pour ne pas y penser. Je travaille mon show et plus les gens connaissent le son plus cela m’amène à me surpasser.

Le hip-hop, c’est la puissance de la rue. C’est elle qui « plébiscite » ses artistes. Quand les gens vous aiment, ils vous encouragent et vous donnent la force d’aller plus loin. As-tu senti cette force tout au long de ton parcours ?

Au début, j’ai kiffé le rap américain parce que c’est celui qui me représentait le plus, qui représentait nos problèmes. Le rap est un vecteur, il porte la parole des gens des quartiers. Ici, les jeunes ont ensuite commencé à rapper en français, à exprimer nos propres problèmes, et c’est aussi une façon de proposer des solutions. Le DJ est d’abord là pour faire la fête mais aussi pour faire passer des messages. On sélectionne des morceaux qui reflètent nos façons de penser. On devient les vrais porte-paroles des gens dans les quartiers. Mais tout cela n’est pas mis en avant. Les politiques se concentrent malheureusement sur La Rumeur ou d’autres groupes en faisant des procès qui font oublier les vrais débats. Nous, on veut mettre en valeur ce qui se passe. Et à force de relater la réalité, on peut peut-être trouver des solutions. En France, il n’y a pratiquement pas de rap à la télé. Regarde Iam ou Diam’s, il a fallu qu’ils vendent un million d’exemplaires avant qu’on les reconnaisse et qu’on dise que c’est extraordinaire. Le rap français est mis de côté parce qu’il n’est pas assez structuré. On essaie d’avancer comme on peut. Il y a désormais des jeunes issus du hip hop qui deviennent chefs d’entreprises et qui se battent. C’est la crise pour tout le monde, mais on avance ! En France, tout est long à arriver… Regarde pour l’élection de Barack Obama, Anthony Kavanagh a raison de dire « 80% des français auraient voté pour lui mais pas en France » ! Nous sommes en retard.

Il y a un de tes mix qui restera dans les annales, celui de « Sound of da police » et « Non, je ne regrette rien ». Comment t’es venu l’idée d’allier du KRS One à du Piaf ? CLIQUEZ pour voir une VIDEO

Avec Mathieu Kassovitz, on a regardé la scène sans la musique et on s’est demandé ce que l’on pourrait faire. On voulait un hymne contre la police et le son qui cartonnait à l’époque était « Sound of da police » auquel on a rajouté les paroles de « Assassin de la police ». Ensuite Kassovitz m’a demandé de mettre une référence française par-dessus. Il m’a proposé Piaf qui touche tout le monde, même le français de base. J’étais embêté parce que je ne connaissais pas du tout son répertoire. J’ai fouillé dans les disques de mon père et quand j’ai entendu « rien de rien, je ne regrette rien... », j’ai su que c’était la chanson qu’il fallait.

J’ai constaté que le film « La haine » était évoqué dans un livre scolaire de français destiné aux niveaux bac. Qu’est-ce que ça t’inspire ?!

Alors là, je suis dépassé par les événements (rires) ! Plus sérieusement, les problèmes sont récurrents ; ils existent depuis longtemps mais on a l’impression que c’est tout neuf. Les immigrés sont venus en France parce qu’on avait besoin d’eux et on les a parqués dans les quartiers. Comment comprendre « La haine » dans un livre scolaire ? Dans les écoles, les jeunes générations ont parfois l’impression de se faire agresser alors que ce n’est pas forcément le cas, par contre ils ont vu leurs grands frères se faire agresser. Nous, notre génération, on est dans la crise depuis le début ! Pour nous, ce n’est pas une découverte !

Quand on lit les articles de presse sur le net, on te présente comme : « Woup, woup assassin de l’HADOPI ». Il y a eu des polémiques concernant cette loi à ton sujet. Peux-tu nous dire ce que tu en penses exactement ?

J’ai tout de suite fait un démenti. Il s’agissait d’une interview et mes propos ont été mal interprétés. On m’interrogeait sur le sujet et j’ai dit que c’était peut être bon dans un sens, que selon moi il fallait éventuellement imposer des limites. Mais je ne cautionne pas HADOPI. Il est impossible de cautionner ce concept. Ce n’est pas une bonne solution. Mais on subit. La France a élu Sarkozy.

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Le site de Cut killer

A voir : les vidéos qui retracent l’histoire du hip hop
DVD CUT KILLER SHOW

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- La soirée du vendredi 3 avril 2009 à Lyon sera diffusée :

Sur MTV BASE : vendredi 17/04/2009 à 22h10 (rediffusion : mercredi 22/04 à 16h00)
Sur MTV : samedi 25/04/2009 à 23h30

- La prochaine soirée MTV SHAKE TON BOOTY aura lieu le 7 mai à LA SEYNE SUR MER, à la VILA BIVONA (VAR) avec toujours CUT KILLER et CHINA et les showcases de JESSY MATADOR et AP DU 113.
A noter : les soirées MTV SHAKE TON BOOTY sont GRATUITES

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