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Allô maman, bobo.

jeudi 8 janvier 2009, par Flô Bouilloux


Soleil à peine levant, tes paupières se décollent péniblement.
Fin d’une nuit abominable de douleurs abdominales.

À tâtons tu te lèves. Le pied dans une chaise.
Un orteil en moins, ça commence bien.

Devant la glace, un poil qui dépasse.
Pince à épiler. Une larme coule.
Es-tu vraiment plus belle ?

Dehors ça caille, tu t’emmitoufles. Il te manque juste les moufles.
Le bus n’est pas près d’arriver, tu décides de marcher.

Sur le verglas tu glisses, tu manques de tomber.
Et voilà que ton genou se remet à grincer.
Tu l’avais presque oublié, ton bassin doit encore être bloqué.
À chaque pas ça tire, à chaque pas ça fait mal.
Ça pourrait être pire, évidemment, mais c’est lancinant, obsédant.

Sur ce chemin qui te paraît de plus en plus long, tu cherches en vain la meilleure position.
Tu aurais presque envie de pleurer.
Ça te rappelle tes jeunes années.

Car c’est petit-à-petit que tu l’as découverte, la douleur. Au départ, un rien te faisait pleurer mais, petit-à-petit, ton seuil de tolérance s’est déplacé.
Et c’est au fil de tes mésaventures avec elle que tu t’en es élaborée une échelle.
0 : aucune douleur nulle part, c’est rare.
10 : souffrance extrême, insupportable.
Plus tu avances dans la vie, plus l’écart entre le 0 et le 10 grandit.

Et ton genou là-dedans ? Du 4 ou du 5, tu ne sais pas vraiment, ça dépend des moments.
Là, ça va mieux, tu tentes de ne plus y penser, mais c’est au bout de tes doigts que ça commence à piquer.
Le froid glacial les enveloppe doucement. Tu essaies de lutter, mais tu sais ce qui t’attend : le pire n’est pas le froid mais le réchauffement.

Tu en as marre.
Ce ne sont que des petites douleurs du quotidien, ce n’est pas grand-chose mais ce n’est pas rien.

Tu arrives enfin à ton boulot et fonces au lavabo.
Tu espères ce moment de plaisir où, à partir de tes mains sous l’eau, la chaleur envahira tout ton corps de nouveau.
Mais avant cela, il y a le passage obligé du retour douloureux de la circulation dans les extrémités.

Tu te souviens de la première fois : tu étais au ski, encore enfant.
Comme ça t’avais fait mal ! Comme tu avais pleuré ! Comme tu aurais voulu mourir, sortir de ton corps un instant !
Tu n’avais alors jamais imaginé une douleur aussi intense.
Tu fermes les yeux et attends que ça passe en silence.

Une collègue entre : " Salut, ça va bien ? " En un quart de seconde tu revois tout : tes doigts, ton bide, ton genou.
Et tous ils se réveillent et tu te sens vivante.
Un sourire feint : " Oui, très bien. "

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