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Les Neg’Marron ne lâchent pas l’affaire

dimanche 14 décembre 2008, par Séverine Capeille

Un bref hommage à Bob Marley et … « Tout l’monde debout ; que la fête commence… » ! Quand Jacky et Ben-J débarquent sur scène, l’accueil de la foule est particulièrement chaleureux. Des titres de l’album « Héritage », des medleys, la découverte en live du nouvel opus « Les liens sacrés » : tout le show est parfaitement orchestré. Le concert donné par les Neg’Marron, le 30 Novembre 2008 au Ninkasi Kao, s’achève après deux heures de transpiration généralisée. C’est donc un peu moites et fébriles que Lætitia et moi rencontrons les deux compères du secteur Ä. Jacky nous interpelle d’emblée pour nous demander de nous présenter. Je leur réponds que….

Nous avons un point commun. Votre nom, les Neg’Marron, évoque le rejet de toutes les formes de soumissions et de tous les préjugés. Une façon de montrer que les jeunes de la banlieue peuvent faire des choses positives. Notre nom à nous, Sistoeurs, est le fruit d’une réflexion similaire. Une envie de déjouer les étiquettes « Glamour », « Jeune et jolie », « Femme actuelle »… et de dire qu’on peut concilier la culture urbaine et littéraire. On met en avant l’idée de « fraternité » et on essaye de faire éclater les idées reçues, chacun à notre manière. Mais que s’est-il passé pour que notre génération ait encore aujourd’hui à mettre les choses au point ? Pourquoi faut-il encore prouver que les gens issus de la banlieue ne sont pas voués à être des galériens ?

Vous pensez que les choses évoluent ?

Jacky : On a choisi d’adopter une attitude de combattant, on ne veut pas tomber dans des justifications. Pour aller de l’avant, il faut se battre, ce qui signifie de refuser la soumission. On veut fuir les stéréotypes et les clichés. Montrer qu’on peut. On veut être positif, même si c’est plus dur parce qu’on vient de plus loin, mais on refuse de se lamenter. En ce qui concerne la connaissance des banlieues, on peut constater parfois de la crainte dans les yeux des gens. Il y a une méconnaissance des quartiers car on craint toujours à fond ce qu’on ne connaît pas, ce qu’on ne côtoie pas. T’as ceux, quand même, qui font un effort, ceux qui font le pas vers…, et donc qui contribuent au fait qu’on se dirige vers une culture ; vers une société qui devient de plus en plus mixte. Il y a un mot qui est devenu à la mode ces derniers temps, c’est le mot « diversité » parce que les gens se mélangent de plus en plus, même s’il y a un côté craintif qui persiste. Il faut quand même dire que nos amis les médias, t’as vu, ils contribuent à ça, en mettant toujours des images négatives sur la banlieue, en ne parlant jamais du côté jovial ou convivial (tu peux demander du sel à ton voisin par exemple !) de la banlieue. C’est ce qui fait qu’on se retrouve toujours dans un climat de peur ou de crainte, et cette méconnaissance.

Votre album s’appelle « Les liens sacrés », en référence à l’amitié qui vous unit. C’est une valeur à laquelle les Sistoeurs croient aussi ! Vous souvenez-vous de votre premier fou-rire ?

Ben-J. : C’était il y a 20 ans !

Jacky : Ben-J était déjà sur Garges quand je suis arrivé, j’étais un petit peu perdu et seul, je me baladais sur mon BMX-et là je croise Ben-J qui me dit, « attends, j’ai jamais vu ta tête toi ! » : c’est un peu comme dans la chanson « t’es de quel quartier ? ». Je venais d’aménager là. C’est comme ça que nous nous sommes rencontrés et ensuite, on a fréquenté les mêmes écoles. Ben-J habitait au 41 et moi au 27 de la même rue.

Et votre dernier fou rire ?

Ben-J. : Il y a cinq à dix minutes environ ! Et vous ?

Nous aussi, il y a cinq minutes, dans la loge d’à côté avec les musiciens ! Ce soir, vous nous avez montré que vous entretenez des « liens sacrés » non seulement avec la famille, mais aussi avec le public… Comment expliquez-vous votre constante popularité ? Elle vient de votre sincérité ? De votre énergie sur scène ? De votre incroyable complicité ?

Jacky : Tous les concerts sont différents, mais il y a toujours une âme, une énergie. Sans vouloir flatter les lyonnaises que vous êtes, ce soir, c’était un très beau concert en ce qui concerne la tournée sacrée. Nous avions une petite appréhension mais nous avons été agréablement surpris. Nous n’avons qu’une hâte, c’est de revenir ! Et je le répète : je ne dis pas cela parce que je m’adresse à des journalistes de Lyon, c’est la vérité. Au-delà de ce dernier concert, y’en a eu énormément qui nous ont marqué. Un en particulier, en Nouvelle Calédonie, notre premier concert dans le pacifique et en plus c’était devant près de 20.000 personnes. Ça a été une des premières fois où l’on a eu l’impression que le sol bougeait, sur l’échelle de Richter, il y a eu un déplacement ! Mais chaque concert est différent et les gens qui viennent nous voir se rendent bien compte que nous sommes là pour donner, pour mouiller le maillot, pour nous amuser… et les gens le ressentent, donc finalement ça fait de très bons concerts et ça fidélise le public qui nous suit régulièrement. C’est une histoire de famille ; c’est Jacky et Ben-J et le Family Band. Si nous partons du principe que nous sommes là pour s’amuser et pour faire passer des messages, c’est avant tout, et quelque soit le message qu’on véhicule, pour faire passer une énergie positive.

Vous le disiez en 2000 : "Le temps passe et passe et passe et beaucoup de choses on changé / qui aurait pu s’imaginer qu’le temps srait si vite écoulé". Vous faisiez le « bilan ». Mais vous arrive-t-il de vous projeter dans l’avenir ? Si je vous dis : « dans vingt ans », vous répondez… ?

Ben-J. : Riche (rire), non je rigole ! Dans 20 ans, on se voit encore dans le milieu de la musique, mais en tant que producteur, manager. On se voit avec nos gamins, notre femme au bord de la plage, tranquille !

Jacky : On n’en sera plus à l’âge des toboggans, mais on se voit bien emmener nos enfants à des concerts comme le font certains à nos concerts, on sera dans la salle.

Ben-J. : Et puis avoir la même carrière que Johnny Hallyday, c’est-à-dire plus de quarante ans de carrière et continuer tant que la passion est là.

Et si on réduit le chiffre à une année : Quels sont vos projets pour 2009 ?

Jacky : A nouveau une tournée. On boucle celle-ci le 13 Décembre à l’Elysée Montmartre à Paris et puis on remet ça !

Ben-J. : On va élargir les horizons : nous allons faire l’Afrique, les Caraïbes, le pacifique, l’Europe. Il y a plein de villes en Europe que nous n’avons pas encore faites. Et puis il y a un album du « Bisso na bisso » qui arrive. On va commencer un nouvel album pour fin 2009 début 2010 au plus tard.

Donc cette fois nous n’allons pas attendre cinq ans ?

Jacky : Non, on nous l’a assez reproché, nous avons compris la leçon.

Vous avez déclaré avoir composé cet album « comme si c’était le dernier ». C’est une façon de rappeler encore une fois que le temps est toujours compté, et qu’il faut en profiter ?

Ben-J. : C’est histoire de dire qu’on n’hésite pas à vider nos tripes, à déballer ce que nous avons sur le cœur ou sur la conscience sans retenue, et plus en profondeur sur cet album. C’est vrai que sur cet album, on est quand même rentré plus en profondeur dans les morceaux, on aborde notre vie privée, nos parents et nos gamins, il est plus personnel. On va dire qu’avant, nous étions plus en surface et plus les années passent, plus nous faisons des disques dans lesquels nous n’aurions pas abordé un aspect plus personnel de nos vies respectives.

Jacky : C’est aussi, pour nous, une manière de se rassurer, de tout donner, dans le sens que comme c’est le dernier, on ne se laisse pas une ouverture, en se disant « pas grave, y’en aura un autre ». On se dit, on donne tout, demain, c’est tellement loin, qu’on verra, même si c’est vrai que notre envie c’est de pouvoir faire cinq voir dix albums. Je pense que nous avons encore plein de choses à dire. Quand on voit la réaction du public qui vient nous voir, on sent qu’il en redemande encore. Tant qu’il y aura un public pour nous accueillir de la sorte, il y aura des messages à faire passer ; on sera toujours et encore là.

Pour finir, nous vous présentons deux modèles des flys Sistoeurs. L’un avec la mante religieuse, l’autre avec des culottes. La majorité des musiciens qui vous accompagnent ont préféré les culottes. Et vous ?

Ben-J. : C’est dépassé les culottes !

Jacky : Ouais, moi je préfère la mante religieuse !

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