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Gentleman & the Far East Band

dimanche 28 octobre 2007, par Séverine Capeille

Gentleman sur scène, on sait ce que c’est : il en reste toujours quelque chose. Une énergie, une envie de blanchir sa nuit, une réflexion qui chasse le morose… Quelque chose. Nous arrivons à l’heure au rendez-vous : 20 octobre 2007, 20h, Transbordeur, bonnets sur la tête, écharpes autour du cou. C’est important. L’habit ne fait pas le moine, mais il contribue au bonheur des Sistoeurs victimes du froid et du vent.

C’est notre première collaboration avec Médiatone. Dans la file d’attente qui nous sépare du guichet de l’entrée, des lycéens se font passer la bonne nouvelle : ils peuvent utiliser leur carte M’ra pour accéder au concert. Une possibilité offerte par cette dynamique association régionale qui a fêté ses dix ans. L’ambiance est joyeuse et détendue. Il y a juste un garçon qui râle parce qu’il a déjà acheté sa place sans être au courant. On avance doucement. La bouteille d’eau ne passe pas à la fouille. Trop dangereuse, soit disant. Je tends mon bouchon, docile face à ce genre de situation. D’habitude, je peux repartir, bouteille à la main, et pouce bien tendu en guise de capuchon. Mais là, non. Il faut la jeter. Je ne pose pas de questions.

Entrer dans une salle de concert est toujours captivant. Les lumières, les bruits, les gens… Ziggi joue en première partie. Son jeu de scène est dynamique et ses chansons réussies. Je vous encourage à découvrir quelques uns de ses titres sur son Myspace . Ce chanteur n’a sans doute pas fini de faire parler de lui. Tandis que Ziggi chauffe brillamment la salle qui se remplit peu à peu, j’observe les groupes qui se forment devant la scène et les gradins, les vigiles postés sur les côtés… Et là, l’incroyable évidence me saute brutalement au nez : il n’y a pas de fumée !

Certains n’y verront rien d’étonnant. Après tout, le Transbordeur affiche l’interdiction de fumer depuis un bon moment, et j’avais déjà évoqué quelques concerts où il était devenu difficile d’échapper aux scrupuleux gardiens de la sécurité. Cependant, il y avait encore des rebelles, qu’on repérait dans le noir à chaque bouffée de tabac. Ils se planquaient mais ils étaient là. Ce soir-là, pour Gentleman & the Far East Band, rien. Ni cigarettes ni joints. Un concert reggae comme on n’en connaissait pas.

L’arme du vigile, c’est sa lampe torche. Il arpente les gradins, bien décidé à faire la lumière sur l’insolent qui jouerait du briquet. On entend quelques contestations. Des constats sur ce trop plein d’oxygène qui ressemble à une pollution, et puis des regrets. Pendant que les musiciens installent la scène pour Gentleman, quelques indisciplinés se font rabrouer. L’un d’entre eux, une forte tête farcie d’illusions, se met à hurler « Allumez tous vos joints ! ». En vain. Un autre, visiblement perplexe, demande à son voisin : « C’est quoi cette loi qu’on nous impose brutalement ? Il ne fallait pas me vendre des paquets de clopes quand j’avais 14 ans ! »

En rejoignant l’espace fumeur, à l’extérieur de l’établissement, Laetitia et moi nous félicitons d’avoir pensé aux bonnets et aux écharpes en laine. La jeune fille en débardeur à côté de moi me fait de la peine. Elle se donne un mal fou pour rouler du tabac avec ses mains tremblantes. On se regarde en souriant. Dans notre périmètre délimité par des barrières de sécurité, se crée une espèce de solidarité propre aux exclus. On se pousse, on se serre, on laisse de la place aux derniers venus… Laetitia crache une bouffée de fumée en marmonnant : « Ils nous ont eu… ».

Dans ce contexte, dire que l’arrivée de Gentleman sur scène nous réchauffe le cœur est un euphémisme. Pour ceux qui ne le connaissent pas, ce trentenaire né en Allemagne est un artiste de la scène reggae particulièrement étonnant : non seulement en raison de son origine européenne qui ne le destinait à priori pas à une carrière mondiale et reconnue par les Jamaïcains eux-mêmes, mais surtout en raison de son incroyable capacité à allier le professionnalisme et la spontanéité. Otto Tilmann de son vrai nom a réellement la classe d’un Gentleman. Même en jean, baskets et débardeur mouillé. Il se distingue par son authenticité.

Le concert est à la hauteur de nos attentes : rythmé et chaleureux. Gentleman chante les titres de son dernier album « Another intensity », qui privilégie nettement le reggae au dancehall et se révèle par là bien différent de « Confidence » sorti en 2004. Il fait résonner son quatrième opus et lui donne sur scène une « autre intensité », insoupçonnable sur CD. Mais le public reste résolument attaché aux titres qui ont fait la renommée de cet excellent singjay, reprenant avec enthousiasme les refrains de « Dem Gone » ou « Danger Zone ». La version de « Runaway », toute en douceur et en finesse, est particulièrement appréciée. Des briquets s’allument dans le noir à un moment donné. Plein de briquets, partout, au point de tout éclairer…

J’ai soif. Heureusement, le bar du Transbordeur vend des bouteilles d’eau qui permettent de se désaltérer. Un bref aller-retour et me voilà prête à poursuivre la soirée. Je trouve que le manteau, l’écharpe et le bonnet sont un peu pénibles à porter, roulés en boule et coincés sous le bras. Je voudrais m’en débarrasser, les poser à un endroit… Quand Gentleman commence à chanter a capella. Je tends l’oreille… Non, ce n’est pas une de ses chansons… Alors quoi ? Ce n’est pas… mais si… c’est… Je me tourne vers Laetitia. Oui ! Garnett Silk ! C’est ça ! Une reprise du « Zion in a vision » de la légendaire «  voix de soie  ». Le défi est risqué mais réussi. L’impression de flotter m’envahit. Je me sens légère, légère… Comme si j’étais dans une salle de concert avec vestiaires.

Il est environ 23 heures quand les chanteurs de Dub Incorporation montent sur scène. Galvanisé par cette agréable surprise, le public Jump avec les stéphanois. Puis c’est au tour de Ziggi de revenir sous les projecteurs. Il chante en duo avec Gentleman, puis offre à la salle survoltée un incroyable solo de dancehall que je qualifierais « en haut débit ». Les alternances de toast et de chant sont maîtrisées. Ziggi entretient une vraie complicité avec son acolyte allemand, et leurs talents respectifs sont enthousiasmants au point que toute la foule est débout, mains levées.

Personne ne veut voir le concert s’arrêter : on hurle, on siffle, on tape des pieds. Un rappel, puis deux, puis trois… Laetitia me donne un coup de coude : « Regarde ! Il ose fumer ! ». Nous sommes interloquées. Comme si toute la « rebelle attitude » de la soirée résidait dans cet acte spontané. Oui, Gentleman sur scène, il en reste toujours quelque chose. Une énergie, une envie de blanchir sa nuit, une réflexion qui chasse le morose. Quelque chose...

A lire : L’after du concert avec Maxxo

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