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Gassam, le rappeur à suivre…

vendredi 14 septembre 2007, par Laetitia Tendart

Nous l’avions rencontré à l’Original Festival avec Dialect et en solo en première partie de Nas. Loin des clichés, Gas est un rappeur au caractère affirmé et sympa. Accompagné d’un bassiste, d’un trompettiste, d’un clavétiste, d’un guitariste, d’un bassiste et d’un saxophoniste, il débite son flow sur d’enivrantes musiques jazz et funk. Nous avons voulu en savoir plus sur ce phénomène Lyonnais et sur l’album La spéciale. Un Cd de six opus sur lesquels il injecte toute sa good Vibe et sa classe. A découvrir de toute urgence...

Une interview dans la détente et la bonne humeur...

- Gas ou Gassam ?

Gassam, c’est mon vrai nom qui est d’origine du Cameroun et mon nom de scène c’est Gassam allias Gas.

- D’où viens tu ?

Je suis né à Vénissieux et j’ai passé une grande partie de mon enfance dans Lyon et sa région. Je suis parti un moment dans le sud pour y faire mes études et je suis revenu à Lyon.

- Quand et comment es-tu tombé amoureux du hip-hop ?

Au départ, j’étais sensible aux mots. Quand j’étais plus jeune, j’écrivais des vers et de la poésie. Puis, dans les années 90, quand MTV est arrivé en France, il y avait une émission qui s’appelait YO MTV LIVE et j’ai tout de suite accroché. On se faisait passer des cassettes vidéo dans le quartier et on regardait des clips. Ensuite le rap Français m’a séduit avec Lionel D, Soon E MC et un peu plus tard Solaar. Voilà, ça a commencé à l’époque où on était tous un peu des Zulus, dans une conception du Rap cool où tout le monde dansait. J’ai commencé comme danseur, je taguais un peu et j’écrivais…

- Et quelles sont tes références musicales ?

Les Public Enemy. J’ai apprécié un peu plus tard la partie Jazzy du hip-hop avec les Guru’s Jazzmatazz, Common Sense, Nas, Mobb Deep, Kanye West, Mos def. Etc.…

- Depuis combien de temps fais-tu du Rap ?

Depuis l’âge de 13 ans. Les gens du milieu m’ont vu grandir avec le rap. De 90 à 97, j’ai fait parti du groupe IPM et aussi d’un collectif qui s’appelait Médina. On a sorti un disque qui s’appelle Cauchemar du bitume (groupe Octopussy) et après j’ai fait ma route solo avec un premier opus Suis l’film. En parallèle, j’ai côtoyé beaucoup de musiciens.

- Rap Us ou Rap Français ?

Musicalement, je préfère le rap Us. Normal, ça vient de là-bas. Ils ont une conception différente du rap et ils ne le cloisonnent pas. Ce que j’aime chez les Américains, c’est que le rap est considéré comme un petit frère. Il fait partie intégrante de leur vie. Le rap descend de la Soul , du Funk, du Gospel, du Jazz et avec toutes ses influences, ils ont une vision du rap plus développée, et aussi, parce qu’ils ont un public averti et hétéroclite. Ils peuvent se permettre de prendre des risques. Cette diversité existe ici, mais elle ne peut pas s’exprimer, peut être que le public n’est pas assez large encore. Il y a eu un boum dans les maisons de disque en France il y a dix ans, et ils ont produits tellement de gens qu’ils ont fini par se casser les dents. Aujourd’hui, ils n’osent plus prendre de risques.

Je penche pour le Rap Us…

- Les femmes dans le Rap ?

Bahamadia pour le Rap Us. C’est la femme dans le rap qui me fait vibrer. En rap Français c’est Bams qui se démarque un peu de ce qui se fait actuellement, mais j’avoue que sur les rappeuses actuelles qui marchent bien, comme Diam’s et Kenny Arkana, j’ai moins de sensibilité. Ce n’est pas dû au fait qu’elles soient femmes, mais c’est musicalement que ça coince. Je n’ai pas de conception de musique femme ou homme. Donc, en vrai, en rap Français, je n’ai rien entendu qui m’interpelle. Donc, Bahamadia et T- Love, la meuf qui rappe dans le crew de Busta Rhymes. Désolé (l’air gêné), je n’ai pas beaucoup de références. D’ailleurs, en rap Français, il n’y en a pas beaucoup qui percent. Bon, Kenny fait du bon travail, mais musicalement, bof…

- Les rappeurs Lyonnais que tu préfères ?

Je les aime tous les Lyonnais (Obligé !)

- En particulier ?

Il y a plein de rappeurs intéressants à Lyon. Okrika, qui est quelqu’un d’assez naturel et qui ne s’impose pas de limites. Il est très proche du rap Us dans sa musique. Oncle Ben’s, Doums, les Sofa So Good qui viennent de St- Étienne, tous les MC de la ViBE LEAGUE , le 800, et toute l’équipe de Zéro Pointé… Pour ne citer que ceux là.

- Comment s’est faite ta rencontre avec Dialect ?

A la base, j’aime l’ambiance Jazzy et je me suis toujours projeté là-dedans. Je cherchais des musiciens. J’ai eu du mal à en trouver parce que c’était une démarche assez inhabituelle, je cherchais de bons musiciens qui apprécient et aiment le rap. A force d’en parler autour de moi, un type avec qui je bossais m’a dit qu’il connaissait des musiciens qui cherchaient un chanteur ou un rappeur. J’ai donc rencontré les musiciens du futur Dialect. Il y avait dix musicos. Au début, j’apprivoisais le son et je faisais des reprises un peu Funky. On a beaucoup travaillé notre projet. Des musiciens sont partis et d’autres ont été remplacés. Aujourd’hui, il y a six musiciens et moi. On a ensuite décidé de s’appeler Dialect parce que cela représentait le langage commun que l’on a mis en place grâce à la musique, venant tous d’univers différents.

- Venons en à la Spéciale. Peux tu nous en parler ? Quelle est ta chanson préférée ?

C’est difficile à dire parce que c’est moi qui les ai faites et tu les aimes toutes pour une raison différente. Mais celle qui regroupe le plus de choses, c’est « Avant que les spots s’éteignent. » pour le message et l’énergie qu’elle déploie.

Une mélodie à Offrir
Je parle dans cette chanson de la notion d’étranger. On est tous passager et on propose un voyage par la musique, un échange avec les autres passagers du public. C’est un morceau qui est assez soul et parle d’une chose importante, qui définit souvent la manière dont la société perçoit les gens.

Parano Star
Pour tous les gens qui sont délaissés, les laissés pour compte de la société, les clodos, les fous… Ces gens qui parlent à haute voix seuls dans les lieux publics. Tous ces gens que l’on cherche à éviter, que l’on croit incohérent et qui dans le fond, si l’on tend bien l’oreille ne disent pas que des conneries et qui nous apprennent plein de choses. Aussi pour ces gens tourmentés qui pourraient lâcher prise et péter un plomb, ça peut arriver très vite malheureusement…

Aquarium
« Aquarium dans mon cockpit », c’est une expression qui me plait et qui dévoile le côté autiste que l’on a quand on aime la musique. Quand j’étais plus jeune, on se retrouvait dans une salle avec des potes, on mettait du son, chacun prenait son calepin et écrivait en silence pendant 4h. Ensuite, chacun montrait ce qu’il avait fait. Et comme ça fumait pas mal, on avait l’impression d’être dans un aquarium. C’est aussi vivre la musique et se détacher du monde rien qu’avec un walkman dans les oreilles.

Pénétration. (Rire)
Une autre vision de l’homme. Nous nous présentons toujours sûrs de nous, croyant que nous maîtrisons toutes les situations, ce qui n’est pas toujours vrai. On n’est pas toujours à la hauteur du personnage que l’on crée et je dédramatise. C’est aussi toute la tension qui peut exister dans le désir lors d’une relation charnelle avec une femme que l’on apprécie.

Avant que les spots s’éteignent
C’est un morceau qui fait un parallèle entre la vie de spectateur et celle d’acteur. On a tous un rôle à jouer dans cet échange. Parfois, on attend que sa vie commence vraiment en ayant plein de rêves, mais le film tourne et il y a une certaine urgence à jouer son "rôle".

Espoir
On finit toujours par ce morceau sur scène parce qu’il retrace les années passées avec Dialect. C’est aussi une façon de dire comment la vie peut basculer du jour au lendemain et comment elle peut être faite de bonnes surprises. C’est pour se donner la force d’avancer, se battre avec foi et détermination.

- Gas en solo, qu’est ce que ça donne ?

C’est différent parce que Dialect est une rencontre entre le Funk, le Rap et le Jazz. Gas, c’est plus le rap traditionnel où j’exploite une vision personnelle et un souci du travail bien fait, avec des sons bien élaborés (Supafuh, Le Neko, Purple Haze, et Melomaniac) !

- Livres ou TV ?

Ça dépend des jours (éclat de rire). Plutôt Tv parce que je n’ai pas le temps de lire, je regarde pas mal de séries, de films.

- Pour un amoureux des mots ? (Étonnée)

Je lisais beaucoup entre 15 et 20 ans. J’ai eu ma période des grands classiques littéraires. Mais, ce qui m’inspire au fond, c’est ma mémoire visuelle. C’est tout ce qui se passe autour de moi, toutes les sensations que j’éprouve, les échanges dans les rapports humains. C’est comme ça que je trouve l’amour des mots.

- As-tu des projets ?

Avec Dialect, nous sortons un Maxi aux environs d’Octobre 2007, un album en mars 2008 et pour Gas les albums sont prêts, mais pas encore dans les bacs.

- Ta prochaine scène ?

Le 14 Septembre 2007 au Parc Sutter sur les pentes de la Croix- Rousse avec Dialect.

- Le mot de la fin ?

Si on s’impose des limites dans la musique, on sera aussi emprisonné dans nos têtes que dans cette société.

Venez partager un moment de live avec nous ou faites vous une idée en cliquant ICI

Trop de choses à vous dire pour être freestyle…

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