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Station Violette

vendredi 11 mai 2007, par Mireille Disdero

Lost in a Roman...wilderness of pain
And all the children are insane
All the children are insane
Waiting for the summer rain, yeah

There’s danger on the edge of town
Ride the King’s highway, baby
Weird scenes inside the gold mine
Ride the highway west, baby

(...)
The Doors


Tout est sombre, kaki, noir sur lui. Il est seul. Mon regard panoramique cherche sa femme... des milliers. Elles marchent, se croisent, s’échappent vers Paname mais aucune n’est là pour me secouer, remonte dans le train et file  !
J’irais bien avaler un thé au beurre dans un café genre haut-perché Himalaya, toute seule, pour me faire les reproches circonstanciés. Mais dans quoi tu t’es embarquée... Va falloir discuter autour d’un repas, devenir la pluie, transparente, ennuyeuse, chaussettes blanches et tout le toutim.

Couvert comme un ours il dit bonsoir et s’excuse de l’absence de sa compagne. Déjà les ombres dégoulinent de ses pensées et Paris bavard baveux pleure le ciel qui s’en va, Paname me pleure dans l’oreille. C’est elle, sa femme, que je venais voir. Il en a fait quoi ?

On prend une rame avec la lumière blanche qui mange les couleurs. C’est écrit sur les parois, sur les banquettes du métro et ça crie dans les couloirs à rats, fichue, fichue, hue, hue ! message subliminal récurrent. Sauf que ce soir je suis trop fatiguée pour lire et entendre avec mon instinct. La station suivante me saute à la gorge dans un hurlement qui freine. Devant moi une petite fille vient de poser la tête sur l’épaule de sa mère, ses doigts blanc beurre sur la couverture d’un San-Antonio. Vision contrastée et à nouveau le cri du métro.

This is the end... my friend. Apocalypse NOW*. Station Violette. L’homme bouge légèrement, c’est là qu’on descend. Ridicule. Catogan sur mèches grises. Longues et décharnées. Surgies de chagrins comateux. D’un ciment mauvais. Pour le moment silencieux, absorbé, il laisse dégouliner ses pensées le long de la prochaine station : Fait divers, broutilles, CHOC.

Je pense à ce week-end. A tout ce que j’ai à faire chez moi d’essentiel ou au moins de plus essentiel que d’échanger quatre mots. Après le métro tout s’accélère, la ville, la nuit, la pluie noire, la suie des yeux. Les trottoirs cirés comme des escarpins noctambules me donnent froid jusque sur les os. Station Violette c’est à l’intérieur du crâne et dans le ventre que ça s’imprime. Tatouage violent qui brûle tout sur son passage. Mais sur aucune carte vous ne la trouverez dans Paname, cette station Violette. Non.

Tout est sombre. L’autre, ramassé sur lui-même se prépare à bondir sans un mot.

Paris ne pleure déjà plus dans mon oreille... c’est trop tard.

***

Mireille Disdero - Texte extrait de « Chambre froide »

* The End, chanson des Doors, In Apocalypse Now (Francis Ford Coppola 1979)

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