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Fenomen 10’gla

dimanche 22 avril 2007, par Séverine Capeille

Fenomène s’appelle ainsi parce qu’elle est un phénomène, une tornade qui ne laisse personne indifférent, une tempête rafraîchissante qui vous emporte dans l’underground féminin. 10’Gla parce que son prénom est Gwladys.

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Production : Kavall Records (Hip Hop / Reggae / R&B)



- Raconte nous ton parcours. Tu viens de Guadeloupe ?

Je suis en France depuis longtemps maintenant, mais je pars souvent en Guadeloupe. Tous les deux ou trois ans. Ca m’apporte une autre vibes, quelque chose de nouveau. Ici c’est le bitume et là-bas, c’est le soleil. Ça m’aide. Je fais des textes en créole et en français.

- Qu’est-ce qui détermine ton choix de la langue ?

Ça dépend du public auquel je m’adresse. Quand je veux toucher un large public je chante en français.

- Tu t’investis complètement dans la musique depuis cinq bonnes années, mais tu avais déjà commencé à l’âge de quinze ans. Qu’as-tu fais entre les deux ?

Rebelle j’ai arrêté l’école à l’âge de 16 ans, et j’ai commencé à construire ma vie de femme avec l’arrivée de mon premier enfant à 17ans. J’ai deux filles qui ont huit et neuf ans. J’ai repris mes études plus tard pour avoir un équilibre et pouvoir enfin m’investir dans le son. Aujourd’hui j’ai tout : mes filles, la santé, la musique et mon boulot !

- Tu inities tes filles à la musique ?

Moi, je vis dans le milieu urbain ! Mais une de mes filles fait du piano et l’autre de la danse classique. En fait, elles font ce que j’ai toujours rêvé de faire. Moi, je voulais être une danseuse classique et faire du piano !
Elles m’accompagnent parfois en studio. On peut les entendre chanter avec moi sur les chansons « Hey Mademoiselle » et sur « Ma Délivrance ».

- Qu’est ce qui a fait que tu as pris la plume à l’âge de quinze ans ? Au lieu d’écrire des poèmes d’ado tu as choisi de faire des chansons. Quels sont les artistes qui t’ont donné envie de chanter à l’époque ?

Mc Solaar, Raggasonic, Kerry James, Tonton David, Daddy Yod, Chaka Demus, Patra, Nuttea. J’ai toujours le même respect pour ces gens aujourd’hui. Ils ont su s’adapter au public.

C’est dans le dancehall que je me suis sentie immédiatement le plus à l’aise. J’ai un peu l’accent hip hop mais finalement le dancehall me représente le plus. Pour faire quelque chose, il faut le contrôler.

- Y a-t-il des chansons qui ont été plus particulièrement déterminantes ?

Tout l’album de Raggasonic que je connais encore par cœur. Et puis le titre « Think » de Patra. Et puis la chanson « Si j’étais riche » dans les deux versions : anglaise et française !

- Tu peux nous raconter tes débuts dans la musique ?

Quand je me suis vraiment investie dans la musique il y a quelques années, on avait « Bad Man Talk », une émission tous les samedis à partir de 21h sur radio Média Tropical avec Jean-Pierre dans les sons Clubs avec DJ Remington. C’était du free style et c’est là qu’on m’a entendu pour la première fois. Mon objectif au départ était d’être reconnue et respectée par ceux que je respectais. Ce qui m’a surpris c’est que les gens ont cru en moi plus que moi je n’y croyais moi-même. Je n’aime pas trop me poser de questions. On me disait « tu ne te rends pas compte du potentiel que tu as ». Quand Daddy Yod, Krys, Tiwony disent que je suis sur la bonne voix, c’est super motivant.

- Ainsi tu décides de toaster. « Toaster » est le terme anglais désignant une « personne qui chante en faisant sauter les mots ». « Sauter » est justement le neuvième titre de ta mixtape. Un titre qui va cartonner et dont le clip circule sur Internet. Tu peux nous parler de cette chanson ?

Cette chanson est pleine d’énergie. Il s’agit de chanter pour s’amuser. De montrer la joie de vivre. Je suis une fêtarde, même si je fais du reggae sur d’autres titres. Je voulais montrer mon côté « fofolle » !


Fenomen10GLA SAUTER
envoyé par djamalyx

- Comment as-tu trouvé les danseurs de ton clip ?

Ce sont des potes de potes ! Ils ont préparé leur choré chacun de leur côté. Ils étaient une quarantaine !

- Ils dansent le krump : une danse à priori agressive et pleine de rage mais qui est profondément non-violente, fondée sur la tolérance. Une danse festive, qui rappelle qu’il est encore possible de s’amuser dans cette époque un peu sclérosée ?

Le krump s’est imposé parce que tous les danseurs se basent sur ce nouveau style pour leurs chorégraphies. On a essayé de faire des répétitions mais c’est resté free style. Chacun a fait son truc sur tout le morceau et ensuite on a géré au montage.

- Parmi ceux qui t’on inspiré, il y a Daddy Yod, un précurseur du raggamuffin en France avec le sound Youthman Unity dans les années 80. Tu fais l’intro de ta mixtape avec lui. Comment l’as-tu rencontré ?

Je l’ai rencontré il y a un an, à l’occasion d’une compile qui va bientôt sortir : « Ghetto Singer ». Les Dj’s qui réalisaient la compile voulaient que Daddy Yod et moi puissions y participer. Ce sont eux qui ont été à l’initiative de cette rencontre. Il voulaient deux générations sur le même morceau pour passer un message de paix, de solidarité pour les plus jeunes, et surtout, pour le respect des anciens.

- Avec qui travailles-tu le plus souvent ?

Je ne suis pas sectaire, je réponds présente aux collaborations que l’on me propose si le projet me plait.

- Pourquoi ce titre « Ma délivrance » pour ta première mixtape ? Délivrance artistique ou délivrance personnelle dans ta vie de femme ?

Les deux ! Une délivrance artistique et une délivrance personnelle ! Je me disais « Quand j’aurai fini je serai délivrée ». Dans l’underground, il y a plein de projets qui ne voient jamais le jour.

Et puis c’est une partie de ma vie. Avec l’accouchement, la fin est une délivrance. C’est aussi une façon de mettre en valeur la maternité. La délivrance à l’accouchement, je ne pourrai jamais oublier ! C’était le pire et le meilleur moment de ma vie ! Ma délivrance personnelle, c’est ça !

- Parlons un peu des filles du dancehall : Patra, Diana King, Flya, Lady Sweety, Tanya Stephens, Lady Saw, Cecile… tu as des préférences ?

Je les apprécies toutes, je n’ai pas de préférence. Par contre, en ce qui concerne les garçons, mes préférences vont à Vybz Kartel et à Sizzla.

- Les femmes sont assez peu représentées dans le dancehall… c’est le milieu macho qui les en empêche ? Je n’y crois pas. D’ailleurs toi-même, tu en es la preuve puisque ce sont des mecs qui t’ont vivement encouragé à sortir ta première mixtape…

Il y a quand même quelques filles qui toastent mais c’est surtout dans le milieu local, West indies, représente !
Au départ, quand on commençait à entendre les filles, elles chantaient comme des mecs. Moi je veux garder ma féminité. Ca ne me sert à rien de représenter les femmes si je deviens un bonhomme.

- Représenter les femmes ?

Etre le porte parole de toutes les filles du monde, qu’elles puissent toutes se reconnaître : les mamans, les travailleuses, les amoureuses…

- C’est important pour toi de parler des femmes ?

Oui en tant que mère. Ma mère était super sévère mais moi je suis beaucoup plus cool, je me qualifie de mère moderne. Dans mon combat de femme je ne veux pas entrer dans ce délire qui voudrait qu’on fasse la guerre aux hommes. Les femmes doivent être reconnues et respectées, avoir accès à tout ce qu’elles ont envie de réaliser… Une femme reste une femme et un mec reste un mec.

- Peut-être que ce sont les femmes qui, par jalousie, ne se font pas de cadeaux entre elles dans le milieu dancehall ? Je pense à Tanya Stephens et Cécile qui étaient amies avant …

Je n’ai pas été confrontée à la jalousie des femmes dans le dancehall. Elles m’ont toujours donné de la force. Je préfère être en concurrence avec un mec qu’avec une femme. Avec l’expérience, j’aurai peut être plus de facilité pour juger, mais pour l’instant je ne sens pas encore le milieu macho.

- J’imagine un énorme festival qui présenterait toutes les femmes du dancehall… Ce serait bien, non ?

Pas que toutes les femmes du dancehall mais toutes les femmes du hip hop, du reggae, du dancehall… Ce serait mortel !

- Tu aimes être qualifiée de « Bad Gyal » ?

Oui ou « ghetto gyal ». C’est plutôt mon entourage qui m’appelle comme ça ! C’est mon côté « téci » qui ressort ! De plus, dans mon équipe je suis la seule fille.

- Parle nous des chansons de ta mixtape.

- La chanson « Bad Man me play » ?

C’est une reprise d’Elephant Man. J’écris l’histoire d’un mec super ghetto, une caillera. Mais c’est ce qui me plait en fait chez lui ! C’est un peu comme une déclaration. J’ai osé dire pas mal de choses. Un mec qui me plaît je vais lui dire. Je ne vois pas pourquoi seuls les mecs pourraient faire ça !

- La chanson « Poupées de West Indies » est différente…

C’est un morceau reggae où je parle de mes filles. Pour info, il y aura sûrement la suite de « Poupées de W.I » dans mon premier album où je leur parlerai comme à des jeunes filles. Je voudrais faire une chanson pour tous les âges importants qu’elles traversent : l’enfance, l’adolescence, puis l’âge adulte ; passer en revue toutes les étapes. Des étapes qu’on valide du mieux qu’on peut !

- Tu parles ensuite de ta « Délivrance »…

Je suis très croyante. Je parle de ma relation avec Dieu, je parle de prière. Je dis aux gens qu’il ne faut jamais baisser les bras.

- « Mon Western »…

Je raconte l’une de mes journées les plus pourries ! Je me dis « je suis dans un film ! »

- « Respect pour… »

Une chanson pour les women ! il y a quatre couplets et chacun décrit une femme différente : la racaille, la femme d’affaire, la femme du ghetto, les mères. Je leur fais une dédicace !

- « Mettons nous à l’ombre »…

C’est un zook. Je raconte l’histoire d’une chanteuse amoureuse d’un DJ. Elle lui dit « lâche tes platines ». C’est, en fait, un amour impossible.

Jusqu’à cette chanson, la douzième de la mixtape, je chante en solo, et à partir de la quatorzième, ce sont des featurings.

- Chanson 14

Je chante avec Colonel Reyel. On parle de nous. On s’adresse à la jeunesse. C’est un message qu’on veut faire passer à tous les jeunes qui sont dans la dérive, à ceux qui tombent dans la délinquance. On veut dire aux filles qu’il faut qu’elles se respectent. J’aime beaucoup cette chanson.

- Chanson 15

C’est Stokos, mon cousin, qui m’accompagne. C’est une ambiance un peu ghetto.

- Chanson 16

C’est du reggae. Je suis avec Apache et Mantuff, deux frères jumeaux qui m’ont pas mal coachée. Dans ce morceau, ils sont mes grands frères et ils me disent de faire attention aux mecs parce qu’ils savent comment ils sont !

- Chanson 17

Je chante avec Sista Rosta qui y fait un « fast style », un style super rapide, Sista Rosta est une artiste que j’apprécie beaucoup.

- Chanson 18

Là, il y a Mr Face, qui appartient à la « Show Sky Family ». Un artiste dancehall vraiment particulier, hors norme.

- Chanson 19

Je chante avec Leevayah B., qui appartient également à la « Show Sky Family ». Un artiste très connu des sound systems. C’est un son pour le public. On dit que ce soir y a pas de caillera. J’ai rangé mon baggy et je suis en talon. (rires).

- Chanson 20

Avec Lion V, Il chante très bien en créole. On dit ce que le dancehall représente pour nous dans nos vies. Ce titre nous permet de chanter ce qu’on ne peut pas dire à quelqu’un en face.

- Chanson 21

Avec les membres du Dawatic Clan pour clôturer mon projet.

- Il n’y a pas de chanson politiquement engagée ?

Ce n’était pas dans ma vibe du moment, et je voulais un peu m’évader du malaise social, offrir un bol d’air frais aux gens.

- Tu vas voter ?

Oui, bien sûr !

- « Si j’étais président de la République… » Disait une chanson. Tu ferais quoi, toi ?

Tellement de choses ! Je permettrai aux gens de vivre dans des logements decents et de vivre dignement, trop de misères cotoient l’indifférence.

- Tu as des filles, mais si tu avais un garçon, tu lui donnerais la même éducation ?

Je pense que je ferais la même chose. Un enfant, fille ou garçon, ça reste un enfant. Mais les craintes, par contre, ne seraient pas les mêmes.

- Quels sont tes projets ?

Je prépare mon premier album qui sortira cet été avec de nouvelles chansons essentiellement en français. Je veux m’adresser à un public plus large.

- Quels thèmes vas-tu aborder ?

Des thèmes festifs , et puis je développerai des thèmes conscients, sociaux.
Il y aura des featurings, dont l’un se fera avec Nicky B., déjà entendu sur l’album de Lord Kossity. Je mettrai pas mal de morceaux pour les clubs et puis du reggae pour les thèmes conscients, dont la suite de la chanson « Poupées de W.I ». Il y aura un peu de hip hop aussi.

- Le mot de la fin ?

Représente les Ladys, de Paname aux West Indies !

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