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L’autisme de Marie

samedi 24 septembre 2005, par Franca Maï

Marie Trintignant, n’aura pas l’occasion de sortir un double album en public assorti d’un double DVD comme l’annonce le groupe Noir désir, actuellement en promotion pour sa propre musique. Car Marie Trintignant est morte et enterrée, bouffée par les vers, privée irréversiblement de parole. Elle a été tuée par les coups de son compagnon, le chanteur Bertrand Cantat, en juillet 2003. Ce dernier purgeant actuellement sa peine derrière les barreaux pour une durée de huit années.

Un petit feu intérieur, a tenté de me faire croire à une histoire d’amour passionnelle ayant mal tournée. Un Roméo et Juliette trash, version contemporaine. Si Bertrand Cantat s’était suicidé pour suivre les traces de sa belle... peut-être... la compréhension d’une cohérence, aurait percuté mon occiput.

On va me rétorquer que le meurtre n’était pas prémédité, que ce fut un accident. Désolée, cette antienne, soluble dans le sang, ne me convainc pas.

Un type qui tape sur une femme, est un sale type. Point barre. Il doit se faire soigner d’urgence avant la zone de non retour. Sachant qu’en France au moins 2.000.000 de femmes sont victimes de violences conjugales et que 400 crèvent sous la barbarie de leur conjoint chaque année -soit plus d’une femme par jour- les coups sont donc des armes utilisées en toute connaissance de cause.

La voix de Marie n’est plus.

Je rédige cet article, la rage au ventre. Parce-que Noir Désir était un groupe que j’aimais, que j’écoutais et que je n’ai plus envie d’entendre. Pour préciser ma pensée, je n’ai pas la volonté de me procurer ce que l’on veut me proposer. Car il y a un avant et un après.

Les majors n’existant que pour faire de la thune, elles ont trouvé un nouveau filon : le fait divers. J’entends leurs arguments. Ils sont laids et cyniques.

Le guitariste Serge Teyssot-Gay, le batteur Denis Barthe et le bassiste Jean-Paul Roy, musiciens du groupe Noir Désir, mutilés provisoirement de leur chanteur, sont propulsés actuellement dans la presse officielle. Ils nous expliquent que : bien sûr, s’il y a un futur à Noir Désir, il n’existera pas avant qu’on se soit retrouvés autour d’une table tous les quatre, avec Bertrand et sans les murs autour...

J’imagine que le chemin intime de Bertrand Cantat n’est pas facile. Je n’aimerais pas être à sa place. Mais la décence serait qu’il ne chante plus.

Comme Marie.

Dans cet absolu, résiderait la preuve d’Amour.

Lire SOS Femmes

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7 Messages de forum

  • > L’autisme de Marie

    26 septembre 2005 12:36, par the devil in the garden
    Certes, un type qui tape sur une femme est un sale type, certes... Pourquoi la sortie d’un album live de Noir Désir peut-il tant vous choquer alors que la mère de la défunte sortait deux livres (diffamatoires qui plus est) à peine sa fille refroidie ? Qu’est-ce qui est le plus choquant là-dedans ? Et si on interdisait la vente des disques de Cat Stevens devenu intégriste religieux et appelant au meurtre de Salman Rushdie ? De Sinatra, maffieux notoire ? Et j’en passe... Je suis tout à fait d’accord pour que les bourreaux de femmes paient pour leurs crimes, mais il est encore plus condamnable de se faire du fric sur le dos de sa propre fille, morte et, je le répète, à peine refroidie.

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    • > L’autisme de Marie 26 septembre 2005 19:14, par Franca Maï

      Ne soyez pas de mauvaise foi et cruellement aveugle. "Colette" et le livre de sa maman sont un hommage à la victime. Un hommage à celle qui n’est plus. Un rituel pour la faire revivre au-delà de la mort. Une bataille pour apprivoiser l’absence et tenter de suturer la plaie béante.

      La promotion actuelle assourdissante d’un groupe, en jachère momentanée, de son chanteur (toujours en prison et ce, pour six années encore) est une façon de nous formater au retour de Cantat comme si tout pouvait repartir comme avant pour replonger -sous anesthésie- dans un temps mythique. Toute cette mise en scène orchestrée savamment par une industrie d’un cynisme déroutant devrait nous faire réfléchir. La scène, c’est une communion, une fête, un partage, sincèrement vous vous voyez danser sur le spectre d’une femme tuée "accidentellement" par des coups ? Cantat n’est pas victime de sa propre violence. Il connaissait ses démons. Il aurait pu se faire soigner. Cantat a fait une victime. Il a été jugé. Il paie sa dette à la société. Et il a choisi de vivre. Tout ce cheminement lui appartient et aucun jugement n’est à porter. Mais Cantat en "chanteur-rédempteur" est une partition qui sonne faux. Le silence serait le bienvenu. La dissolution du groupe également La carrière musicale en veilleuse… Une forme de cohérence

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  • > L’autisme de Marie

    27 septembre 2005 17:11, par romy.tetue.net
    Merci Franca pour cette prise de prosition nette et si clairement exposée ! À propos de "Roméo et Juliette trash", j’y faisais référence, beaucoup plus laborieusement, dans un de mes textes (lien ci-dessous).

    Voir en ligne : Trintignant, c’est du "destin tragique", nuance !

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  • > L’autisme de Marie

    8 janvier 2006 23:26, par une femme qui veut crier à l’injustice
    je suis tout à fait en osmose avec vos paroles ,je pense tres sinçérement que la justice n’a pas fait le nécessaire ce garçon ,car il ne peut porter le nom d’Homme, ce lache, devrait etre enfermé, à VIE...............que les femmes sont peu de chose meme dans notre siecle.............j’ai moi aussi été battue par un mari,, qui aussi me trompait........il fut tres peu punit et j’ai faillit mourrir d’une fracture du crane et fut hospitalisée, !!!!je ne comprends pas cette injustice cette passivitée ???Anne-Marie L’Hirondel

    Voir en ligne : meme les ministres s’en moquent(N AMELINE ex ministre de la parité) entre autres

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  • Tout sauf la symétrie !!!

    1er février 2007 07:33, par Paul Aire (pseudo)

    Qui connaît un seul grand - une seule grande - philosophe, littérateur, etc. qui n’ait pas joué avec les limites ?

    Je pense aux pessimistes, Leopardi, Schopenhauer, Cioran, je pense à Nietzsche, je pense à Virginia Woolf.

    Et tous ont joué avec les limites pas seuls mais avec des partenaires. Marie et Bertrand ont joué avec les limites à deux, en miroir, en symétrie. Marie est morte de symétrie, pas d’asymétrie.

    Et cette psychanalyste qui prend un couteau pour poignarder son compagnon « trop non-violent » est aussi dans un jeu de symétrie, malgré les apparences. Car un compagnon, un mari non violent c’est en fait extrêmement violent. Parce que la nature première de l’homme et de la femme c’est la violence – René Girard nous l’a démontré magistralement.

    Et cette violence est toujours symétrique.

    Alors NON ! Franca il ne faut pas qu’il y ait de symétrie du silence. Il faut que Bernard puisse témoigner même s’il le fait mal. Même si ça fait gagner de l’argent à quelques uns. Il n’y a que la parole unique en première personne qui puisse faire sortir de la symétrie du mal.

    Un passant/passeur

    P.S. : Et la parole diffamatoire en seconde personne est la pire des choses.

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  • L’autisme de Marie

    7 juillet 2011 00:26, par Louise
    Des années plus tard... comment savoir si Cantat était un sale type ou un type dangereux — caractériel et impulsif ? J’opte pour dangereux. Mais ça ne l’excuse en rien d’avoir tué sa compagne et qui plus est au terme de souffrances incontestables (aux oreilles de la population hôtelière), pour avoir raison d’elle. On ne tue pas une femme par jalousie en lui assénant des coups violents jusqu’à l’estourbir (ce qui suppose admis par celui qui donne les coups qu’elle puisse en mourir sans intention directe de la tuer). Dans ce cas frapper est une sale passion — la violence pour passion non de la victime, aimer se libérer en faisant mal, aimer entendre les cris, au risque de tuer pour prendre sa revanche ou pour punir : c’est se simuler justicier pour se justifier comme tueur. Il n’y a pas besoin de tuer pour être un tueur. S’autoriser à la violence de la domination par la force face à l’altérité incompréhensible ou au refus de la soumission, comme bourreau contre sa compagne, au nom d’on ne sait quelle conviction psychique considérée comme légitime, en réalité psychotique ou névrotique, si grave serait l’épreuve intime et symbolique du défi opposé, c’est déjà s’autoriser à la tuer un jour ou l’autre. Dans ce cas, si vraiment un homme respecte et aime la personne qui est son souffre-douleur malgré lui, il ne peut pas ne pas avoir conscience de ses abus ni du danger qu’il lui fait encourir en plus de la faire souffrir. Il ne peut pas ne pas souhaiter de tous ses voeux la protéger de lui. Il va voir un médecin pour se faire soigner et si les soins sont insuffisants il le consulte pour trouver une aide à la séparation avant qu’il ne soit trop tard. Elle doit faire la même chose de son côté (si elle n’est pas encore brisée psychiquement.. c’est donc à celui qui frappe que revient la première responsabilité de consulter pour mettre un terme à sa violence). Sinon : comment pourrait-on appeler cela de l’amour ? Il s’est perdu en route.

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